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176 BODOGUNE.
Est-ce un frère, est-ce vous dont la téméritéS'imagine...
ANTIOCHUS.
Apaisez ce courage irrité,
Princesse; aucun de nous ne seroit téméraireJusqu’à s'imaginer qu’il eût l’heur de vous plaire :
Je vois votre mérite et le peu que je vaux,
Et ce rival si cher connott mieux ses défauts *.
Mais si tantôt ce cœur parloit par votre bouche,
Il veut que nous croyions qu’un peu d’amour le touche,
Et qu’il daigne écouter quelques uns de nos vœux,
Puisqu’il tient à bonheur d’être à l’un de nous deux.
Si c’est présomption de croire ce miracle,
C’est une impiété de douter de l'oracle,
Et mériter les maux où vous nous condamnez,
Qu’éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez.Princesse, au nom des dieux, au nom de cette flamme...
IIODOGUN’E.
Un mot ne fait pas voir jusques au fond d’une ame;
Et votre espoir trop prompt prend trop de vanitéDes termes obligeants de ma civilité.
Je l’ai dit, il est vrai ; mais, quoi qu’il en puisse être,Méritez cet amour que vous voulez connoître.lorsque j’ai soupiré, ce n’étoit pas pour vous 2 ;
J’ai donné ces soupirs aux mânes d’un époux 1 2 3 ;
1 Est-ce à Antiochus à parler des défauts de son frère! commentpeut-on dire à une telle femme que les deux frères connaissent tropbien leurs défauts pour oser croire qu’elle puisse aimer l’un des deux !
(V.)
2 Ce vers paraît trop comique, et achève de révolter le lecteur judi-cieux, qui doit attendre ce que deviendra la proposition d’un assassinathorrible. (Y.)
3 Voici qui est bien pis. Quoi ! elle prétend avoir été l’épouse dupère d’Antiochus ! elle ne se contente pas d’être parricide, elle se ditincestueuse ! En effet, dans les premiers actes, on ne sait si el le a con-sommé ou non le mariage avec le père de Ses amants. 11 faudrait aumoins que de telles horreurs fussent un peu cachées sous la beauté dela diction. (Y.) — On sait très bien, et il est expliqué très clairementdans les premiers actes, que jamais Rodogune n’a épousé Nicanor.Elle étoit, comme nous l’avons dit, promise à ce prince, et c’est dansce sens qu’elie peut le nommer son époux; mais il n’exista point de