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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE.

Je vous en plains, mon fils, ce malheur est extrême;

C’est périr en effet que perdre un diadème.

Je n’y sais qu’un remède, encore est-il fâcheux,

Étonnant, incertain, et triste pour tous deux ;

Je périrai moi-mêine avant que de le dire 1 :

Mais enfin on perd tout quand on perd un empire.

ANTIOCHUS.

Le remède à nos maux est tout en votre main 2,

Et n’a rien de fâcheux, d’étonnant, d’incertain;

Votre seule colère a fait notre infortune.

Nous perdons tout, madame, en perdant Rodogune :

Nous l’adorons tous deux; jugez en quels tourmentsNous jette la rigueur de vos commandements.

L’aveu de cet amour sans doute vous offense :

Mais enfin nos malheurs croissent par le silence ;

Et votre cœur, qu’aveugle un peu d’inimitié,

S’il ignore nos maux, n’en peut prendre pitié.

Au point où je les vois, c’en est le seul remède. '

CLEOPATRE.

Quelle aveugle fureur vous-même vous possède !

Avez-vous oublié que vous parlez à moi ?

Ou si vous présumez être déjà mon roi ?

ANTIOCHUS.

Je tâche avec respect à vous faire connoîtreLes forces d’un amour que vous avez fait naître 3 .

pâtre, il doit être furieux ; s’il ne la croit pas, il doit lui dire : Osez -vous bien imputer ce crime à mon frère 1 (V.)

1 On n’entend pas mieux ce que c’est que ce secret. Ces deux coupletsparaissent remplis d’obscurités. (Y.)

2 Comment ce remède aux maux est-il dans la main de Cléopâtre 1entend-il qu’en nommant l'aîné, elle finira tout? mais il dit : Nous per-dons tout en perdant Rodogune . Il n'y aura donc point de remède auxmaux de celui qui la perdra. Peut-il répondre que le cœur de Cléo-pâtre est aveuglé d’un peu d’inimitié! que si ce cœur ignore les mauxdes deux frères, elle ne peut en prendre pitié, et qu’au point où il lesvoit, c’en est le seul remède ! Quel discours ! quel langage ! Et dans unetelle occasion, il parle avec la plus grande soumission ; et Cléopâtre luirépond : Quelle fureur vous possède ? En vérité, ces discours sont-ilsdans la naturel (V.)

3 On a déjà remarqué qu’on ne dit point les forces au pluriel, exceptéquand on parle des forces d’ùn État. (V.)