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RODOGUNE.
TIMAGÈNE.
Le prince votre frère...
ANTIOCHUS.
Quoi! se voudroit-il rendre à mon bonheur contraire?
TIMAGÈNE.
L’ayant cherché longtemps afin de divertirL’ennui que de sa perte il pouvoit ressentir,
Je l’ai trouvé, seigneur, au bout de cette alléeOù la clarté du ciel semble toujours voilée.
Sur un lit de gazon, de foiblesse étendu,
Il sembloil déplorer ce qu’il avoit perdu ;
Son ame à ce penser paroissoit attachée;
Sa tête sur un bras languissamment penchée,Immobile et rêveur, en malheureux amant 1 ...
ANTIOCHUS.
Enfin que faisoit-il? achevez promptement 2 .
iTIMÀGÈNE.
D’une profonde plaie en l’estomac ouverteSon sang à gros bouillons sur cette couche verte...
CLÉOPÂTRE.
11 est mort !
TIMAGÈNE.
Oui, madame.
CLÉOPÂTRE.
Ah ! destins ennemis,
Qui m’enviez le bien que je m’étois promis I
1 On est fâché de cette absurdité de Timagène, qui jetterait quelqueridicule sur cet événement terrible, s’il était possible d’en jeter. Peut-on dire d’un prince assassiné, qu’il est rêveur en malheureux amantsur un lit de gazon? Le moment est pressant et horrible. Seleucuspeut avoir un reste de vie, on peut le secourir, et Timagène s'amuse àreprésenter un prince assassiné et baigné dans son sang, comme unberger de VAstrée rêvant à sa maîtresse sur une couche verte. (V.)
2 Enfin que fesait ce malheureux amant rêveur ? — Monsieur , ilétait mort. C’est une espèce d’arlequinade. Si un auteur hasardaitaujourd’hui sur le théâtre une telle incongruité, comme on se récrie-rait! comme on sifflerait! surtout si l’auteur était ma! voulu ; cela seulserait capable de faire tomber une pièce nouvelle. Mais le grand in-térêt qui règne dans ce dernier acte, si différent du reste, la terreur docette situation, et le grand nom de Corneille, couvrent ici tous lesdéfauts. (V.)