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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE IV. 205

Voilà le coup fatal que je craignois dans l’ame,

Voilà le désespoir où Ta réduit sa flamme.

Pour vivre en vous perdant il avoit trop d’amour,

Madame, et de sa main il s’est privé du jour.

TIMAGÈNE, k Clêopülre.

Madame, il a parlé; sa main est innocente.

CLEOPATRE, à Timagène.

La tienne est donc coupable, et ta rage insolentei,

Par une lâcheté qu’on ne peut égaler,

L’ayant assassiné, le fait encor parler!

ANTIOCHUS.

Timagène, souffrez la douleur d’une mère,

Et les premiers soupçons d’une aveugle colère.

Comme ce coup fatal n’a point d’autres témoins,

J’en ferois autant qu’elle, à vous connoître moins 1 2 .

Mais que vous a-t-il dit? achevez, je vous prie.

TIMAGÈNE.

Surpris d'un tel spectacle, à l’instant je m’écrie;

Et soudain à mes cris, ce prince, en soupirant,

Avec assez de peine entr’ouvre un œil mourant;

Et ce reste égaré de lumière incertaine

Lui peignant son cher frère au lieu de Timagène,

Rempli de votre idée, il m’adresse pour vousCes mots où l’amitié règne sur le courroux :

« Une main qui nous fut bien chère« Venge ainsi le refus d’un coup trop inhumain 3 ,

1 Je ne sais s’il est bien adroit à Cléopâtre d’accuser sur-lc-champTimagène ; mais, comme elle craint d’être accusée, elle se hâte de faii»eretomber le soupçon sur un autre, quelque peu vraisemblable que soitce soupçon : d’ailleurs sou trouble est une excuse. On peut remarquerque quand Timagène dit que Séleucus.a parlé en mourant, la reine luirépond: C’est donc toi qui Vas tué! Ce n’est pas une conséquence :il a parlé, donc lu l’as tué. (V.)

2 Cet à n’est pas français; il faut, si je vous connaissais moins ;mais pourquoi soupçonnerait-il Timagène? ne devrait-il pas plutôtsoupçonner Cléopâtre, qu’il sait être capable de tout? (Y.)

'■i Plusieurs critiques ont trouvé qu'il n’est pas naturel que Séleucusen mourant ait prononcé quatre vers en fiers sans nommer sa mère ; ilsdisent que cet artifice est trop ajusté au théâtre; ils prétendent que,s’il a été -frappé à la poitrine par sa mère, il devait se défendre ; qu’unprince ne se laisse pas tuer ainsi par une femme; et que, s’il a été