ACTE Y, SCÈNE IV. 211
Et soit amour pour moi, soit adresse pour elle ',
Ce soin la fait paroitre uu peu moins criminelle.
Pour moi, qui ne vois rien, dans le trouble où je suis,
Qu’un gouffre de malheurs, qu’un abîme d’ennuis,
Attendant qu’en plein jour ces vérités paroissent,
J’en laisse la vengeance aux dieux qui les commissent,
Et vais sans plus tarder...
KODOGUNE.
Seigneur, voyez ses yeuxDéjà tout égarés, troubles, et furieux,
Cette affreuse sueur qui court sur son visage,
Cette gorge qui s’enfle. Ah! bons dieux! quelle rage!
Pour vous perdre après elle, elle a voulu périr.
ANTIOCHUS, rendant la confie à Luonice ou à quoique autre»
N’importe, elle est ma mère, il faut la secourir.
CLÉOPÂTRE.
Va, tu me veux en vain rappeler à la vie;
Ma haine est trop fidèle, et m’a trop bien servie :
Elle a paru trop tôt pour te perdre avec moi ;
C’est le seul déplaisir qu’en mourant je reçoi :
Mais j’ai cette douceur dedans cette disgrâce 4De ne voir point régner ma rivale en ma place.
Règne; de crime en crime enfin te voilà roi.
Je t’ai défait d’un père, et d’un frère, et de moi rPuisse le ciel tous deux vous prendre pour victimes,.
Et laisser choir sur vous les peines de mes crimes !Puissiez-vous ne trouver dedans votre unionQu'horreur, que jalousie, et que confusion!
Et, pour vous souhaiter tous les malheurs ensemble,
Puisse naître de vous un fils qui me ressemble!
ANTIOCHUS.
Ah ! vivez pour changer cette haine en amour.
CLÉOPÂTRE.
Je maudirois les dieux s’ils me rendoient le jour.
1 Soit adresse pour elle n’est pas français; on ne peut pas dire, j’aide l’adresse pour moi: il fallait peut-être dire, soit intérêt pour elle.
(V-)
s Disgrâce paraît un mot trop faible dans une aventure si effroyable ;voilà ce que la nécessité de la rime entraîne : dans ces occasions, Af-aut changer les deux rimes. (Y.)