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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE

Qu’on m’emporte d’ici : je me meurs. Laonice,

Si tu veux m’obliger par un dernier service,

Après les vains efforts de mes inimitiés,

Sauve-moi de l’affront de tomber à leurs pieds.

(Elle s'en va, et Laonice lui aide à marcher.)

ORONTE.

Dans les justes rigueurs d’un sort si déplorableSeigneur, le juste ciel vous est bien favorable :

11 vous a préservé, sur le point de périr,

Du danger le plus grand que vous puissiez courir;

Et par un digne effet de ses faveurs puissantes,

La coupable est punie et vos mains innocentes.

ANTIOCHUS.

Oronte, je ne sais, dans son funeste sort,

Qui m’afflige le plus, ou sa vie, ou sa mort;

L’une et l’autre a pour moi des malheurs sans exemple :Plaignez mon infortune. Et vous, allez au templeY changer l’allégresse en un deuil sans pareil,

La pompe nuptiale en funèbre appareil,

Et nous verrons après, par d’autres sacrifices,

Si les dieux voudront être à nos vœux plus propices *.

1 L’ambassadeur Oronte n’a joué dans toute la pièce qu’un rôleinsipide, et il finit l’acte le plus tragique par les plus froids compli-ments. (V.)

2 Rodogune ne ressemble pas plus à Pompée que Pompée à Cinno ,et Cinna au Cid. C’est cette variété qui caractérise le vrai génie. Lesujet en est aussi grand et aussi terrible que celui de Théodore estbizarre et impraticable. Il y eut la même rivalité entre cette Rodo-gune et celle de Gilbert, qu’on vit depuis entre la Phèdre de Racine etcelle de Pradon. La pièce de Gilbert fut jouée quelques mois avantcelle de Corneille, en 1645; elle mourut dès sa naissance, malgré laprotection de Monsieur, frère de Louis XIII, et lieutenant-général duroyaume, à qui Gilbert, résident de la reine Christine, la dédia. Lareine de Suède et le premier prince de France ne soutinrent point cemauvais ouvrage, comme depuis l’hôtel de Bouillon et l’hôtel deNevers soutinrent la Phèdre de Pradon. En vain le résident présenteà Son Altesse royale, dans son épître dédicatoire, la généreuse Rodo-gune-, femme et mère des deux plus grands monarques de l’Asie ; envain compare-t-il cette Rodogune à Monsieur, qui cependant ne luiressemblait en rien : ce mauvais ouvrage fut oublié du protecteur etdu public. Le privilège du résident pour sa Rodogune est du 8 jan-