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HÉRACLIUS.
PHOCAS.
Quiconque en est l’auteur devoit mieux l’inventer.
Le nom d’Héraclius doit peu m'épouvanter;
Sa mort est trop certaine, et fut trop remarquable,
Pour craindre un grand effet d’une si vaine fable.
Il n’avoit que six mois; et, lui perçant le flanc,
On en fit dégoutter plus de lait que. de sang 1 ;
Et ce prodige affreux, dont je tremblai dans l’ame 2 ,
Fut aussitôt suivi de la mort de ma femme.
Il me souvient encor qu’il fut deux jours caché,
Et que sans Léontine on l’eût longtemps cherché :
II fut livré par elle, à qui, pour récompense,
Je donnai de mon fils à gouverner l’enfance 3 ,
Du jeune Marlian, qui, d’âge presque égal,
Étoit resté sans mère en ce moment fatal.
Juge par là combien ce conte est ridicule.
CRISPE.
Tout ridicule il plaît, et le peuple est crédule :
Mais avant qu’à ce conte il se laisse emporter,
Il vous est trop aisé de le faire avorter 4 .
Quand vous fîtes périr Maurice et sa famille,
Il vous en plut, seigneur, réserver une fille »,
t Sa mort est trop certaine, et fut trop remarquable...
Il n’avoit que six mois; et, lui perçant le flanc,
On en fit dégoutter plus de lait que de sang.
Expressions trop familières, trop prosaïques ; et lui perçant le Jlaneest un solécisme ; il faut en lui perçant. {V.)
2 Ce prodige n’est point affreux; c’est seulement une croyance pué'rite, assez commune autrefois, que les enfants au berceau avaient dulait dans les veines. Phocas même l’insinue assez en disant ; Il n'avaitque six mois , et on en fit dégoutter plus de lait que de sang. Cetteconjonction et signifie évidemment que ce lait était une suite, unepreuve de son enfance, et par là même exclut le prodige : mais, si c’enétait un, que signifierait-il 1 à quoi servirait-il l (Y.)
3 Je donnai à Léontine son enfance a gouverner. Juge par làcombien ce conte est ridicule. — Tout est jusqu’ici de la prose un peucommune et négligée. Le milieu entre l’ampoulé et le familier est dif-ficile à tenir. (Y.)
4 On ne se laisse point emporter a un conte ; on fait avorter des des-seins, et non pas des contes. (Y.)
8 Cela est du style d’affaires. Il plut à Votre Majesté de donner tel