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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE I. 255

Et résoudre dès lors qu’elle aurait pour épouxCe prince destiné pour régner après vous.

Le peuple en sa personne aime encore et révère *

Et son père Maurice et son aïeul Tibère,

Et vous verra sans trouble en occuper le rangS’il voit tomber leur sceptre au reste de leur sang.

Non, il ne courra plus après l’ombre du frère,

S’il voit monter la sœur dans le trône du père.

Mais pressez cet hymen : le prince aux champs de Mars,Chaque jour, chaque instant, s’offre à mille hasards,

Et n’eût été Léonce, en la dernière guerre 2 ,

Ce dessein avec lui serait tombé par terre 8 ,

ordre: il n’y a pas là de fautes contre la langue, mais il y en a contreJe tragique. (Y.)

1 Cette personne se rapporte à ce prince ; et c’est de cette fille quePhocas a réservée, c’est de Pulchérie que Crispe veut parler. (Y.)

2 Ces expressions sont bannies aujourd’hui, même du style fami-lier. (Y.)

S On a déjà repris ailleurs ces façons de parler vicieuses. Toute mé-taphore qui ne forme point une image vraie et sensible est mauvaise,c’est une règle qui ne souffre point d’exception : or, quel peintre pour-rait représenter nne idée qui tombe par terre! (Y.) — C’est ici que Vol-taire s’explique sans détour: il veut, sans aucune exception, que l’onpuisse peindre chaque métaphore. On ne revient pas d’étonnemer.tqu’une idée aussi bizarre, aussi destructive de toute poésie, ait pu seformer dans la tête d’un homme qui non-seulement avoit cultivé toutesa vie l’art des vers, mais qui en avoit fait d’excellents. Rien ne prouvemieux combien le meilleur juge est sujet à s’égarer lorsqu’il discute àfroid ce qui ne doit être senti qu’avec enthousiasme. En mesurant, si■nous l’osons dire, avec le compas des grammairiens, la valeur de chaqueexpression de Corneille, il sembleroit que Voltaire eût oublié que lui-même avoit été poète. Mais quelques exemples feront mieux sentir ceque son système a d’étrange, et combien il pourroit induire en erreurles jeunes gens qui, sur la foi de son nom, croiroient ne pouvoir paschoisir de meilleur guide. Quel est le peintre qui oseroit essayer,d’après le principe de Voltaire, de faire voir dans un tableau des mainsavides de sang qui volent à des parricides; un nom qui chatouilleV orgueilleuse faiblesse d'un cœur; un pouvoir qui s’achemine à grandspas vers sa chute; des pleurs mis dans une balance avec les lois d’unÉtat: des yeux qu’on voit venir de toutes parts; une victoire qu’onirrite dans les bras du vainqueur, ou qui se laisse attendrir aux pleursd’une femme; des murs qui vont prendre la parole; des portes quiII. 16