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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HERÀCLIUS.

Puisque, sans la valeur de ce jeune guerrier,

Martian demeuroit ou mort ou prisonnier AAvant que d’y périr, s’il faut qu'il y périsse,

Qu’il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice,

Et qui, réunissant l’une et l’autre maison,

Tire chez vous l’amour qu’on garde pour son nom 2 .

n'obéissent qu’à un seul homme ; des mains qui 'promettent; un glaivequi marche; des coursiers qui ne ccnnoissent plus le frein, ou Dieului-même mettant un frein à la fureur des flots, etc., etc.’ II faudroittranscrire tout Racine et tout Boileau, si l’on vouloit épuiser toutes lesmétaphores hardies dont leur poésie est animée, et que pourtantaucun peintre n’entreprendroit de peindre. Molière, La Fontaine lui-même, en sont pleins; et Voltaire, quoiqu'il n’ait que médiocrementenrichi la langue poétique, en ofFriroit en foule : comment donc a-t-ilpu se permettre ce paradoxe insoutenable? Il est, nous le répétons, desmétaphores vicieuses, et l’on pourroit en citer quelques unes dans nosmeilleurs poètes. Telle est celle-ci, par exemple, empruntée d’une desplus belles tragédies de Voltaire :

Nous préserve le ciel de ce funeste abus,

Berceau de la mollesse et tombeau des vertus

XJn abus qui se trouve berceau et tombeau, dans le même vers, estévidemment une figure que le bon goût réprouve. Il en seroit de mêmede ce compliment si déplacé de Polyphonte à Mérope:

Je sais que vos appas, encor dans leur printemps,

Pourroient s’effaroucher de l’hiver de mes ans.

Certainement aucun peintre ne pourroit représenter ces jeunes appasqui s’effarouchent d’un hiver : mais ce nest point là le vice de cettemétaphore, c’est qu’elle est pleine de recherche et d’affectation. Nousne nous arrêterons donc plus ni à celte singulière imagination, queVoltaire renouvelle de temps en temps, ni à son idée, non moins étrange,d’essayer les vers en les mettant au creuset de la prose. Ces deux pa-radoxes auroient pu déshonorer son commentaire, s’il n’étoit remplid’ailleurs de remarques très précieuses, et sur le caractère particulierdu génie de Corneille, et sur l’art de la tragédie. ( P.)

1 On ne peut dire qu’un homme serait demeuré mort si on ne l’avaitsecouru. Ces mots, demeuré mort , signifient qu’il était mort en effet.On peut bien dire qu’on demeurerait estropié, pareequ’un estropié peutguérir; qu’on demeurerait prisonnier, pareequ’un prisonnier peut êtredélivré : mais non pas qu’on demeurerait mort, pareequ’un mort neressuscite pas. (V.)

2 On a déjà repris ailleurs cette expression, tirer l’amour; on netire l’amour chez personne. (V.)