Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

2S0

HÉRACUUS.

Je ne suis plus son fils s’il en veut à vos jours,

Et mon cœur tout entier vole à votre secours.

PULCHÉRIE.

C’est donc avec raison que je commence à craindre,

Non la mort, non l’hymen où l’on me veut contraindre,Mais ce péril extrême où, pour me secourir,

Je vois votre grand cœur aveuglément courir.

MARTIAN.

Ah, mon prince! ah, madame! il vaut mieux vous résoudrePar un heureux hymen à dissiper ce foudre t.

Au nom de votre amour et de votre amitié,

Prenez de votre sort tous deux quelque pitié.

Que la vertu du fils, si pleine et si sincère 1 2 ,

Vainque la juste horreur que vous avez du père 3 4 ;

Et, pour mon intérêt, n’exposez pas tous deux'»...

HERACUUS.

Que me dis-tu, Léonce? et qu’est-ce que tu veux?

Tu m’as sauvé la vie ; et, pour reconnoissance,

Je voudrois à tes feux ôter leur récompense;

Et, ministre insolent d’un prince furieux,

Couvrir de celte honte un nom si glorieux;

Ingrat à mon ami, perfide à ce que j’aime,

Cruel à la princesse, odieux à moi-même !

Je te commis, Léonce, et mieux que tu ne crois ;

Je sais ce que tu vaux, et ce que je te dois.

1 Comment dissipe-t-on un foudre par un hymen 1 Toute métaphore,encore une fois, doit être juste. Dissiper ce foudre n’est là que pourrimer à résoudre. Ce style est trop négligé. (V.

2 Une vertu pleine et sincère n’est pas le mot propre : une vertun’est ni pleine ni vide. (V.)

3 Vainque est trop rude à l’oreille ; horreur de est permis en vers.V. ) — Et même en prose. (P. )

4 Martian, cru Léonce, amoureux de Pulchérie, veut ici que Pul-chérie épouse Héraclius, cru Martian, amoureux d’Eudoxe Je remar-querai, à cette occasion, que toutes les fois qu’on cède ce qu’on aime,ce sacrifice ne peut faire aucun effet, à moins qu’il ne coûte beaucoup :ce sont ces combats du cœur qui forment les grands intérêts; de sim-ples arrangements de mariage ne sont jamais tragiques, à moins que,dans ces arrangements mêmes, il n’y ait un péril évident et quelquechose de funeste. N’exposez pas tous deux n’est pas français; il fautne les exposez pas tous deux. (V.)