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ACTE I, SCÈNE IV.
Son bonheur est le mien, madame; et je vous donneLéonce et Martian en la même personne ;
C’est Martian en lui que vous favorisez 1 .
Opposons la constance aux périls opposés 2 .
Je vais près de Phocas essayer la prière ;
Et si je n’eu obtiens la grâce tout entière 3 ,
Malgré le nom de père, et le titre de fils,
Je deviens le plus grand de tous ses ennemis.
Oui, si sa cruauté s’obstine à votre perte,
J'irai, pour l’empêcher, jusqu’à la force ouverte,
Et puisse, si le ciel m’y voit rien épargner,
En faux Héraclius en ma place régner 4 !
Adieu, madame.
PULCHÉRIE.
Adieu, prince trop magnanime,
( Héraclius s’en va, et Pulchéric continue.)
Prince digne en effet d’un trône acquis sans crime,
Digne d’un autre père. Ah, Phocas ! ah, tyran !
Se peut—il que ton sang ait formé Martian ?
Mais allons, cher Léonce, admirant son courage,
Tâcher de notre part à repousser l’orage.
Tu t’es fait des amis, je sais des mécontents :
Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps;L’honneur te le commande, et l’amour t’y convie.
1 Cela veut dire, pour le spectateur, qu’Héraclius, cru Martian, voit•dans Léonce un autre lui-même ; et cela veut dire aussi, dans l’espritde l’auteur, que Léonce est le vrai Martian : c’est ce qui se débrouil-lera par la suite, et ce qui est ici un peu embrouillé; mais un specta-teur bien attentif peut aimer à deviner cette énigme. (V.)
2 Cet opposés est de trop, c’est une figure de mots inutile; de plus,•ce n’est pas le mot propre : les périls menacent, les obstacles s’op-posent. (V.
Ce vers est obscur; il va trouver Phocas, et, s'il n’en obtient la\grâce ; il semble que ce soit la grâce de Phocas. Il eût fallu dire aussice que c’est que cette grâce tout entière, puisqu’on n’a pas encore parléde grâce. (V.
* Il n’a point été question dans cette scène d 'un faux Héraclius.Cette imprécation forcée, à laquelle on ne s’attend point, n’est là quepour rappeler le titre de la pièce, et pour faire souvenir qu’Héracliusest le sujet de la tragédie. (Y.