Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

231

ACTE I, SCÈNE IV.

Son bonheur est le mien, madame; et je vous donneLéonce et Martian en la même personne ;

C’est Martian en lui que vous favorisez 1 .

Opposons la constance aux périls opposés 2 .

Je vais près de Phocas essayer la prière ;

Et si je n’eu obtiens la grâce tout entière 3 ,

Malgré le nom de père, et le titre de fils,

Je deviens le plus grand de tous ses ennemis.

Oui, si sa cruauté s’obstine à votre perte,

J'irai, pour l’empêcher, jusqu’à la force ouverte,

Et puisse, si le ciel m’y voit rien épargner,

En faux Héraclius en ma place régner 4 !

Adieu, madame.

PULCHÉRIE.

Adieu, prince trop magnanime,

( Héraclius s’en va, et Pulchéric continue.)

Prince digne en effet d’un trône acquis sans crime,

Digne d’un autre père. Ah, Phocas ! ah, tyran !

Se peut—il que ton sang ait formé Martian ?

Mais allons, cher Léonce, admirant son courage,

Tâcher de notre part à repousser l’orage.

Tu t’es fait des amis, je sais des mécontents :

Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps;L’honneur te le commande, et l’amour t’y convie.

1 Cela veut dire, pour le spectateur, qu’Héraclius, cru Martian, voit•dans Léonce un autre lui-même ; et cela veut dire aussi, dans l’espritde l’auteur, que Léonce est le vrai Martian : c’est ce qui se débrouil-lera par la suite, et ce qui est ici un peu embrouillé; mais un specta-teur bien attentif peut aimer à deviner cette énigme. (V.)

2 Cet opposés est de trop, c’est une figure de mots inutile; de plus,•ce n’est pas le mot propre : les périls menacent, les obstacles s’op-posent. (V.

Ce vers est obscur; il va trouver Phocas, et, s'il n’en obtient la\grâce ; il semble que ce soit la grâce de Phocas. Il eût fallu dire aussice que c’est que cette grâce tout entière, puisqu’on n’a pas encore parléde grâce. (V.

* Il n’a point été question dans cette scène d 'un faux Héraclius.Cette imprécation forcée, à laquelle on ne s’attend point, n’est là quepour rappeler le titre de la pièce, et pour faire souvenir qu’Héracliusest le sujet de la tragédie. (Y.