238 HÉRACLIUS.
Veuille avancer par là son juste châtiment ;
Que, par un si grand bruit semé confusément,
Il dispose les cœurs à prendre un nouveau maître,
Et presse Héraclius de se faire connoître.
C’est à nous de répondre à ce qu’il en prétend 1 :
Montrons Héraclius au peuple qui l’attend ;
Évitons le hasard qu’un imposteur l’abuse,
Et qu’après s’être armé d’un nom que je refuse,
De mon trône, à Phocas sous ce titre arraché,
Il puisse me punir de m'être trop caché.
Il ne sera pas temps, madame, de lui dire
Qu’il me rende mon nom, ma naissance et l’empire,
Quand il se prévaudra de ce nom déjà prisPour me joindre au tyran dont je passe pour fils.
LÉONTINE.
Sans vous donner pour chef à cette populace,
Je romprai bien encor ce coup, s’il vous menace :
Mais gardons jusqu’au bout ce secret important;
Fiez-vous plus à moi qu’à ce peuple inconstant.
Ce que j’ai fait pour vous depuis votre naissanceSemble digne, seigneur, de cette confiance :
Je ne laisserai point mon ouvrage imparfait :
soit par la place où ils sont mis, soit par le secours d’une épithète heu-reuse. La partie est un terme de chicane ; la main de Dieu appesantie,qui devient Veffroyable partie du tyran, est une idée terrible. Onpourrait incidenter sur une main qui se fait partie; mais c’est ici quela critique des mots doit, à mon avis, se taire devant la noblesse deschoses. Tout ce que dit Héraclius est plein de force et de raison ; maisla diction dépare trop les pensées. Evitons le hasard qu’un imposteurl’abuse est un barbarisme. Un trône arrache sous un titre; un empe-reur qui se prévaudra d’un nom pris : tout cela est impropre, confus,mal exprimé. Plusieurs personnes de goût sont choquées de voir unefemme qui veut toujours prendre tout sur elle, et qui ne veut pas seu-lement qu’IIéraclius sache autre chose que son nom. Ce caractère n’estpas ordinaire: il excite une grande curiosité; mais, encore une fois,il rend le prince petit. On est secrètement blessé que le héros de lapièce soit inutile, et qu’une gouvernante, qui n’est ici qu’une intri-gante, veuille tout faire par vanité. (V.)
\ Cet en prétend tombe sur Héraclius ; mais ce que Dieu en pré-tend n’est pas supportable. Ce n’est pas ainsi qu’on parle de Dieu ; cen’est pas ainsi que Racine s’exprime dans Alhalie. (Y.)