Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

2S7

ACTE II, SCÈNE II.

l'our éviter l’inceste, elle n’a que la mort.

Jugez s’il n’est pas temps de montrer qui nous sommes,

De cesser d’être lils du plus méchant des hommes,D’immoler mon tyran au péril de ma sœur,

Et de rendre à mon père un juste successeur.

LEONTINE.

Puisque vous ne craignez que sa mort, ou l’inceste,

Je rends grâce, seigneur, à la bonté célesteDe ce qu’en ce grand bruit le sort nous est si doux iQue nous n’avons encor rien à craindre pour vous.

Votre courage seul nous donne lieu de craindre :Modérez-en l’ardeur, daignez vous y contraindre;

Et, puisque aucun soupçon ne dit rien à Phocas,

Soyez encor son fils, et ne vous montrez pas.

De quoi que ce tyran menace Pulchéric,

J’aurai trop de moyens d’arrêter sa furie 1 2 ,

De rompre cet hymen, ou de le retarder,

Pourvu que vous veuillez ne vous point hasarder.Répondez-moi de vous, et je vous réponds d’elle.

HERACLIUS.

Jamais l’occasion ne s’offrira si belle.

Vous voyez un grand peuple à demi révolté,

Sans qu’on sache l’auteur de cette nouveauté.

Il semble que de Dieu la main appesantie,

Se faisant du tyran l’effroyable partie 3 ,

1 Un sort qui est doux en un grand bruit; ces façons de parler ob-scures, impropres, gauches, triviales, incorrectes, indignent un lecteurqui a de l’oreille et du goût. Le parterre ne s’en aperçoit pas; il selivre uniquement à la curiosité de savoir comment tout se démêlera.

V.)

- Ce discours de Léontine inspire une grande curiosité; je ne saisvil ne dégrade pas un peu Héraclius, et même Pulchérie. Bien des.gens n’aiment pas à voir les fils d’un empereur dépendre entièrementd'une gouvernante, qui les traite comme des enfants, et qui ne leurpermet pas de se mêler de leurs propres affaires : c’est au lecteur àjuger de la valeur de cette critique. Le mal est encore que cette Léon-tine. qui dit avoir tant de moyens, n’a effectivement aucun moyendans le cours de la pièce, hors un billet dont l’empereur peut très biense saisir. (V.) — Phocas ne peut pas s’en saisir, puisqu’il en ignorel’existence. (P.)

3 Les termes les plus bas deviennent quelquefois les plus nobles,