Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE II, SCÈNE III. 263

C’est à nous qu'il remet de l’y précipiter :

Phocas le commettra, s’il le peut éviter ;

Et nous immolerous au sang de votre frèreLe père par le fils, ou le fils par le père.

L’ordre est digne de nous ; le crime est digne d’eux :Sauvons Héraclius au péril de tous deux.

EUDOXE.

Je sais qu’un parricide est digne d’un tel père ;

Mais faut-il qu’un tel fils soit en péril d’en faire '?

Et, sachant sa vertu, pouvez-vous justementAbuser jusque-là de son aveuglement?

LÉONTINE.

Dans le fils d’un tyran l’odieuse naissanceMérite que l’erreur arrache l’innocence 1 2 ,que, de quelque éclat qu’il se soit revêtu,

Un crime qu’il ignore en souille la vertu 3 .

LE PAGE.

Exupère, madame, est là qui vous demande 4 .

LÉONTINE.

Exupère! à ce nom que ma surprise est grande!

Qu’il entre. A quel dessein vient-il parler à moi 5 ,

Lui que je ne vois point, qu’à peine je connoi 6 ?

1 II semble qu’il soit en péril de faire des fils; cela se rapporte àparricide : mais faire un parricide ne se dit pas ; on dit commettre unparricide, faire un crime. (Y.)

* La pensée n’est pas exprimée. La naissance ne mérite ni ne démé-rite. Il veut dire, le fils d’un tyran ne mérite pas d’être vertueux ; etencore cela n’est pas vrai. Toutes ces pensées subtiles, obscurémentexprimées, choquent les premières lois de l’art d’écrire, qui sont le na-turel et la clarté. (Y.)

3 La vertu de l’innocence ! Ces derniers vers sont vicieux ; on ditbien, la vertu de la tempérance, de la modération, parceque ce sontdes espèces de vertu : l’innocence est l’exclusion de tous les vices, etnon une vertu particulière. (Y.)

^ On sent assez que cet est lh est un terme de domestique qui doitêtre banni de la tragédie. Ce page ne paraît plus aujourd’hui. On neconnaissait point alors les pages. (Y.)

5 Parler à moi ne se dit point; il faut me parler. On peut dire enreproche : parler à moi ; oubliez-vous que vous parlez à moi ? I Y.)

6 On prononce^'e connais; et, du temps même de Corneille, cettediphthongue oi était toujours prononcée ai dans tous les imparfaits,