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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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274 HÉRACLIUS.

Tout mon dessein avorte au milieu du succès :

Il semble qu’un démon funeste à sa conduiteDes beaux commencements empoisonne la suiteCe billet, dont je vois Martian abusé,

Fait plus en ma faveur que je n’aurois osé ;

Il arme puissamment le fils contre le père :

Mais, comme il a levé le bras en qui j’espère 2 ,

Sur le point de frapper je vois avec regretQue la nature y forme un obstacle secret,ta vérité le trompe, et ne peut le séduire ;

Il sauve en reculant ce qu’il croit mieux détruire;

Il doute; et, du côté que je le vois pencher,

Il va presser l’inceste au lieu de l’empêcher.

EUDOXE.

Madame, pour le moins vous avez connoissanceDe l’auteur de ce bruit, et de mon innocence 3 ;

Mais je m’étonne fort de voir à l’abandonDu prince Héraclius les droits avec le nom.

Ce billet, confirmé par votre témoignage,

Pour monter dans le trône est un grand avantage.

Si Martian le peut sous ce titre occuper,

Pensez-vous qu’il se laisse aisément détromper,

Et qu’au premier moment qu’il vous verra dédire,

Aux mains de son vrai maître il remette l’empire?

LÉONTINE.

Vous êtes curieuse, et voulez trop savoir t .

N’ai-je pas déjà dit que j’y saurai pourvoir 3 ?

1 Léontine n’est pas plus claire dans la construction de ses phrasesque dans ses intrigues ; funeste à sa conduite , c’est la conduite dudessein , et cela n’est pas français. (V.)

2 Suivant l’ordre du discours, c’est ce billet qui a levé ce bras en quielle espère. On ne peut trop prendre garde à écrire clairement ; tout cequi met dans l’esprit la moindre confusion doit être proscrit. (V.)

3 Eudoxe ne songe qu’à faire voir à sa mère qu’elle n'a point parlé ;elle a été inutile dans toutes ces scènes. Elle fait aussi des raisonne-ments, au lieu d’être effrayée, comme elle doit l’être, du sort qui me-nace le véritable Héraclius, qu’elle aime. (V.)

V Ce vers est intolérable. Léontine parle toujours à sa fille commeune nourrice de comédie : tout cela fait que, dans ces premiers actes,il n’y a ni pitié ni terreur. (Y.)

5 Le malheur est qu’en effet elle ne pourvoit à rien : on s’attend