ACTE TROISIÈME.
SCÈNE I 1 .
MARTIAN, PULCHÉRIE.
MARTI AN.
Je veux bien l’avouer, madame, car mon cœurA de la peine encore à vous nommer ma sœur,
Quand malgré ma fortune à vos pieds abaissée,
J’osai jusques à vous élever ma pensée,
Plus plein d’étonnement que de timidité,
J’interrogeois ce cœur sur sa témérité;
Et dans ses mouvements, pour secrète réponse,
Je sentois quelque chose au-dessus de Léonce,
Dont, malgré ma raison, l’impérieux effortEmportait mes désirs au delà de mon sort.
. PULCHÉRIE.
Moi-même assez souvent j’ai senti dans mon ameMa naissance en secret me reprocher ma flamme.
Mais quoi! l’impératrice à qui je dois le jourAvoit innocemment fait naître cet amour :
J’approchois de quinze ans, alors qu’empoisonnée 2Pour avoir contredit mon indigne liyménée,
Elle mêla ces mots à ses derniers soupirs :
« Le tyran veut surprendre ou forcer vos désirs,
« Ma fille, et sa fureur à son fils vous destine :
« Mais prenez un époux des mains de Léontine ;
1 La première scène de ce troisième acte a la même obscurité quetout ce qui précède ; et, par conséquent, le jeu des passions, les mou-vements du cœur ne peuvent encore se déployer : rien de terrible, riende tragique, rien de tendre ; tout se passe en éclaircissements, en ré-flexions, en subtilités, en énigmes ; mais l’intérêt de curiosité soutientla pièce. (V.)
2 Voilà encore une nouvelle préparation, une nouvelle avant-scène.On n’apprend qu’au troisième acte que la mère de Pulcliérie a étéempoisonnée ; on apprend encore qu’elle a dit que Léontine gardait untrésor pour la princesse. Tous ces échafauds doivent être posés aupremier acte, autant qu’on le peut, afin que l’esprit n’ait plus à s’oc-cuper que de l’action. (V.)