28 i HÉRACLIUS.
Héraclius mourra comme a vécu Léonce,
Bon sujet, meilleur prince, et ma vie et nia mortRempliront dignement et l’un et l’autre sort.
La mort n’a rien d’affreux pour une ame bien née :
A mes côtés pour toi je l’ai cent fois traînée 1 ;
Et mon dernier exploit contre tes ennemisFut d’arrêter son bras qui tomboit sur ton fils.
PHOCAS.
Tu prends pour me toucher un mauvais artifice 2 :
Héraclius n’eut point de part à ce service :
J’en ai payé Léonce, à qui seul étoit dûL’inestimable honneur de me l’avoir rendu :
Mais, sous des noms divers à soi-même contraire,
Qui conserva le fils attente sur le père;
Et se désavouant d’un aveugle secours 3 ,
Sitôt qu’il se commît il en veut à mes jours.
Je te devois sa vie, et je me dois justice.
Léonce est effacé par le fils de Maurice,
Contre un tel attentat rien n’est à balancer,
Et je saurai punir comme récompenser.
MARTIAN.
Je sais trop qu’un tyran est sans reconnoissancePour en avoir conçu la honteuse espérance,
Et suis trop au-dessus de cette indignitéPour te vouloir piquer de générosité.
Que ferois-tu pour moi de me laisser la vie 4 ,
Si pour moi sans le trône elle n’est qu’infamie?
Héraclius vivroit pour te faire la cour!
Rends-lui, rends-lui son sceptre, ou prive-le du jour.
Pour ton propre intérêt sois juge incorruptible 5 :
Ta vie avec la mienne est trop incompatible;
Un si grand ennemi ne peut être gagné,
Et je te punirois de m’avoir épargné.
1 On voit lamort, on l'affronte, onia brave; on ne la traîne pas. (V.)
2 On ne prend point un artifice; c’est un barbarisme. (Y.)
* Cela n’est pas français ; on désavoue un secours qu’on a donné, ondément sa conduite, on se rétracte, etc. ; mais on ne se désavoue pas :désavouer n’est point un verbe réciproque, et n’admet point le de. (Y.
4 C’est un solécisme; il faut, en me laissant la vie. (Y.l
5 Incorruptible n’est pas le mot propre; c’est inexorable. (Y.}