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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HÉRACLIUS.

El j’abattrai d’un coup sa tête et ton orgueil.

Mais ne te contrains point dans ces rudes alarmes;

Laisse aller tes soupirs, laisse couler tes larmes 1 .

PULCHÉRIE.

Moi pleurer! moi gémir, tyran! J’aurois pleuréSi quelques lâchetés l’avoient déshonoré,

S’il n’eût pas emporté sa gloire tout entière,

S’il m’avoit fait rougir par la moindre prière,

Si quelque infame espoir qu’on lui dût pardonnerEût mérité la mort que tu lui vas donner.

Sa vertu jusqu’au bout ne s’est point démentie.

Il n’a point pris le ciel ni le sort à partie,

Point querellé le bras qui fait ces lâches coups *,

Point daigné contre lui perdre un juste courroux 3 .

Sans te nommer ingrat, sans trop le nommer traître,

De tous deux, de soi-même il s’est montré le maître;

Et dans cette surprise il a bien su courirA la nécessité qu’il voyoit de mourir.

Je goûtois cette joie en un sort si contraire.

Je l’aimai comme amant, je l’aime comme frère ;

Et dans ce grand revers je l’ai vu hautementDigne d’être mon frère, et d’être mon amant.

PHOCAS.

Explique, explique mieux le fond de ta pensée;

Et, sans plus te parer d’une vertu forcée,

Pour apaiser le père, olfre le cœur au fils 4 ,

1 Expression qui n’est ni noble ni juste. Des soupirs ne vont point.Ce qui est moins noble encore, c’est l’insulte ironique faite inutilementà une femme par un empereur. Un tyran peut être représenté perfidecruel, sanguinaire, mais jamais bas; il y a toujours de la lâcheté àinsulter une femme, surtout quand on est son maître absolu. (V.)

2 On ne fait point des coups ; on dit, dans le style familier, faire unmauvais coup, mais jamais faire des coups : on ne querelle point unbras; et il n’y a ici nul bras qui ait fait un coup. Tout le reste dudiscours de Pulchérie serait d’une grande beauté s’il était mieux écrit.

V.)

3 Point daigné perdre un juste courroux contre un bras! V.)

4 Quelle raison peut avoir Phocas de vouloir que Pulchérie épouseson prétendu fils, quand il se croit sûr de tenir Héraclius en sa puis-sance! Il sait que Pulchérie et Héraclius, cru Martian, ne s’aimentpoint. Offre-t-on ainsi le cœur, quand on est menacée de mort! (Y.)