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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE III.

Et tâche à racheter ce cher frère à ce prix.

PULCHÉRIE.

Crois-tu que sur la foi de tes fausses promessesMon ame ose descendre à de telles bassesses 1 ?

Prends mon sang pour le sien; mais, s’il y faut mon cœur,Périsse Héraclius avec sa triste sœur!

PHOCAS.

Eh bien! il va périr; ta haine en est complice 2 .

PULCHÉRIE.

Et je verrai du ciel bientôt choir ton supplice 3 .

Dieu, pour le réserver à ses puissantes mains,

Fait avorter exprès tous les moyens humains ;

Il veut frapper le coup sans notre ministère.

Si l’on t’a bien donné Léonce pour mon frère,

Les quatre autres peut-être, à tes yeux abusés,

Ont été comme lui des Césars supposés.

L’État, qui, dans leur mort, voyoit trop sa ruine,

Avoit des généreux autres que Léontine;

Ils trompoient d’un barbare aisément la fureur,

Qui n’avoit jamais vu la cour ni l’empereur 4 .

Crains, tyran, crains encor tous les quatre peut-être :

L’un après l’autre enfin se vont faire paroître 6 ;

Et, malgré tous tes soins, malgré tout ton effort,

Tu ne les connoîtras qu’en recevant la mort.

Moi-même à leur défaut je serai la conquêteDe quiconque à mes pieds apportera ta tête ;

L’esclave le plus vil qu’on puisse imaginer 0

1 Ose est ici contradictoire ; on n’ose pas être bas. ( V.)

2 Autre impropriété ; on est complice d’un criminel, complice d’uncrime, mais non pas de ce que quelqu’un va périr. (V.)

3 Choir n’est plus d’usage. Cette idée est grande, mais n’est pasexprimée. (Y.)

k Par la phrase, c’est la fureur de Phocas qui n’avait point vu Mau-rice ; il faut éviter les plus petites amphibologies. Mais peut-on dired’un homme qui commandait les armées, qu’il n’avait jamais seule-ment vu l’empereur 1 (V.)

3 C’est un barbarisme ; on se fait voir, on ne se fait point paraître ;la raison en est évidente, c’est qu’on paraît soi-même, et que ce sontles autres qui vous voient. ( V.)

6 Cet hémistiche, qti’on puisse imaginer , est superflu, et sert uni-quement à la rime. Quelle idée a Pulchérie d’épouser le dernier homme