ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE I 1 .
HÉRACLIÜS, EÜDOXE.
HÉRACLIÜS.
Vous avez grand sujet d’appréhender pour elle :
Phocas au dernier point la tiendra criminelle;
Et je le connois mal, ou, s’il la peut trouver,
Il n’est moyen humain qui puisse la sauver.
Je vous plains, chère Eudoxe, et non pas votre mère;
Elle a bien mérité ce qu’a fait Exupère;
Il trahit justement qui vouloit me trahir.
EÜDOXE.
Vous croyez qu’à ce point elle ait pu vous haïr,
Vous pour qui son amour a forcé la nature 2 ?
HÉRACLIÜS.
Comment voulez-vous donc nommer son imposture?M’empêcher d’entreprendre, et, par un faux rapport,Confondre en Martian et mon nom et mon sort s ;
Abuser d’un billet que le hasard lui donne;
Attacher de sa main mes droits à sa personne,
Et le mettre en état, dessous sa bonne foi \
1 L’embarras croît, le nœud se redouble. Héraclius se croit trahi parLéontine et par Exupère : mais il n’est point encore en péril -, il estavec sa maîtresse ; il raisonne avec elle sur l’aventure du billet. Lespassions de l’ame n’ont encore aucune influence sur la pièce ; aussi lesvers de cette scène sont tous de raisonnement. C’est, à mon avis, l’op-posé de la véritable tragédie. Des discussions en vers froids et durspeuvent occuper l’esprit d’un spectateur qui s’obstine à vouloir com-prendre cette énigme ; mais ils ne peuvent aller au cœur, ils ne peu-vent exciter ni crainte, ni pitié, ni admiration. (V.)
2 II eût été mieux, je crois, de dire, a dompte la nature; car forcerla nature signifie pousser la nature trop loin. (Y.)
S L’expression n’est ni juste ni claire ; il veut dire, donner à Mar-tian mon nom et mes droits. (V.)k On ne dit ni sous, ni dessous la bonne foi; cela n’est pas français-
(V.l