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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HÉRACLIUS.

Et je vois que tous deux ils sont mes ennemis.

En ce piteux état quel conseil dois-je suivre?

J’ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre;

Je sais que de mes mains il ne peut se sauver,

Je sais que je le vois, et ne puis le trouver.

La nature tremblante, incertaine, étonnée,

D’un nuage confus couvre sa destinée :

L’assassin sous cette ombre échappe à ma rigueur,

Et, présent à mes yeux, il se cache en mon cœur.Martian, à ce nom aucun ne veut répondre,

Et l’amour paternel ne sert qu’à me confondre.

Trop d’un Iléraclius en mes mains est remis;

Je tiens mou ennemi, mais je n’ai plus de fils.

Que veux-tu donc, nature, et que prétends-tu faire ?

Si je n’ai plus de fils, puis-je encore être père?

De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait ?

Ne me dis rien du tout, ou parle tout à fait*.

Qui que ce soit des deux que mon sang ait fait naître,Ou laisse-moi le perdre, ou fais-le-moi connoître.

O toi, qui que tu sois, enfant dénaturé,

Et trop digne du sort que tu t’es procuré,

Mon trône est-il pour toi plus honteux qu’un supplice?O malheureux Phocas! ô trop heureux Maurice!

Tu recouvres deux fils pour mourir après toi,

Et je n'en puis trouver pour régner après moi!

Qu’aux honneurs de ta mort je dois porter envie,Puisque mon propre fils les préfère à sa vie 2 !

coup mieux amenés que ceux de Caldéron, mais ils sont aussi beauxqu’ils puissent l’être, parfaitement beaux, sans aucune restriction. (P,|

1 Ces deux beaux vers de cette admirable tirade ont été imités parPascal, et c’est la meilleure de ses pensées. Cela fait bien voir que legénie de Corneille, malgré ses négligences fréquentes, a tout créé enFrance. Avant lui, presque personne ne pensait avec force, et ne s’ex-primait avec noblesse. ( V.)

2 Ces deux derniers vers, faibles et languissants, gâtent la tirade ;il fallait, comme Caldéron, finir à para morir dos. D’ailleurs les hon-neurs de la mort n’est pas juste; mon fils préfère les honneurs de lamort h la vie. Y a-t-il en dans Maurice de l’honneur à mourir!quels honneurs a-t-il eus 1 II n’y a de beau que le vrai exprimé claire-ment. (Y.)