ACTE IV, SCÈNE III. S05
Ce favorable aveu dont elle t’a séduit 1T’exposoit aux périls pour m’en donner le fruit;
Et c’étoit ton succès qu’attendoit sa prudence,
Pour découvrir au peuple ou cacher ma naissance.
PHOCAS.
Hélas ! je ne puis voir qui des deux est mon filss ;
1 On ne peut pas dire : Elle l'a séduit d'un aveu ; il faut, par unaveu ; et aveu n’est pas ici le mot propre, puisque Héraclius regardecette confidence comme une feinte. Avertissons toujours que ces fautescontre la langue sont pardonnables à Corneille. Boileau a dit, et répé-tons encore après lui :
Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divinEst toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.
Cela est vrai pour quiconque est venu après Corneille, mais non paspour lui, non-seui ement à cause du temps où il est venu, mais à causede son génie. (V.)
2 Ce que Phocas dit ici est bien plus intéressant que dans Caldéron ;et les quatre derniers beaux vers, O malheureux Phocas! font, jecrois, une impression bien plus touchante, pareequ’ils sont mieuxamenés. Phocas, dans l’espagnol, dit aux deux princes : Es-tu monfils ! tous deux répondent à la fois, non ; et c’est à ce mot que Phocass’écrie : O malheureux Phocas ! ô trop heureux Maurice! etc. Cettemanière est fort belle, j’en conviens ; mais n’y a-t-il rien de tropbrusque'? Ces quatre beaux vers de Caldéron ne sont-ils pas un jeud’esprit 1 II trouve d’abord que Maurice a deux fils, et que lui n’en aplus : cette idée ne demande-t-elle pas un peu de préparation"? Quandles deux enfants ont répondu non, la première chose qui doit échapperà Phocas, n’est-ce pas une expression de douleur, de colère, de re-proche? J’avoue que le non des deux princes est fort beau , et qu’ilconvient très bien à deux sauvages comme eux. On peut dire encoreque pour vivre après toi , pour régner après moi, n’a pas l’énergie del’espagnol ; ces deux fins de vers, après toi , après moi, font languir lediscours. Caldéron est bien plus précis :
Ah ! venturoso Mauricio 1Ah ! infeliz Phocas quieii vioQue para reynar no quieraSer hijo de mi valorUno, y que quieran del tuyoSerlo para morir dos ! (V.)
— Nous ne pensons point du tout comme Voltaire : non-seulement,comme il l’observe lui-même, les quatre vers de Corneille sont beau-