ACTE IV, SCÈNE V. :,H
EXUPÈRE.
Ce qui passe à vos yeux pour une perfidie...
LÉONTINE.
Cache une intention fort noble et fort hardie !
EXUPÈRE.
Pouvez-vous en juger puisque vous l’ignorez ?
Considérez l’état de tous nos conjurés :
Il n’est aucun de nous à qui sa violence
N’ait donné trop de lieu d’une juste vengeance 1 ;
Et, nous en croyant tous dans notre ame indignés,
Le tyran du palais nous a tous éloignés.
Il y falloit rentrer par quelque grand service.
LÉONTINE.
Et tu crois m’éblouir avec cet artifice ?
EXUPÈRE.
Madame, apprenez tout. Je n’ai rien hasardé.
Vous savez de quel nombre il est toujours gardé;Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortesQui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes?Pouvions-nous mieux sans bruit nous approcher de lui ?
Vous voyez la posture où je suis aujourd’hui V,
Il me parle, il m’écoute, il me croit ; et lui-mêmeSe livre entre mes mains, aide à mon stratagème.
pas là cette femme si adroite, si supérieure, qui se vantait de venir àbout de tout : il me semble qu’elle aurait dû, dans le cours de la pièce,faire l’impossible pour s’entendre avec Exupère. Elle a traité les deuxprinces comme des enfants; et Exupère, qui n’est qu’un subalterne,l’a traitée comme une petite fille ; elle n’a point confié son secret qu’elledevait confier, et Exupère ne lui a point dit le sien ; c’est une conspi-ration dans laquelle personne n’est d’intelligence ; et par cela seultoute l’intrigue est peut-être hors de la vraisemblance.
Ce vers,
L’homme le plus méchant que la nature ait fait,
est du ton de la comédie. (Y.) — Mademoiselle Bumesnil, par la no-blesse et la fierté de son expression, rendoit ce vers très tragique. (P.
1 C’est un solécisme ; on donne lieu à quelque chose, et non de
quelque chose ; il donne lieu à mes soupçons, et non de mes soupçons.Quand on met un de, il faut un verbe ; il m’a donné lieu de le haïr ;lieu est prosaïque. (Y.) •
2 Le mot de posture n’est pas assez noble. (Y.)