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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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EXAMEN D’HÉRACLIUS,

que chose un peu délicat 1 , et d’une nature à ne se fairequ’au théâtre, où l’auteur est maître des événements qu’iltient dans sa main, et non pas dans la vie civile, où leshommes en disposent selon leurs inlérèls et leur pouvoir.Quand il découvre lléraelius à Phocas, et le fait arrêterprisonnier, sou intention est fort bonne, et lui réussit; maisil n’y avoit que moi qui lui pût répondre du succès. Il attirela confiance du tyran par là, et se fait remettre entre lesmains la garde d’IIéraclius et sa conduite au supplice : maisle contraire pouvoit arriver; et Phocas, au lieu de déférer àses avis, qui le résolvent à faire couper la tête à ce prince enplace publique, pouvoit s’en défaire sur l’heure, et se défierde lui et de ses amis comme de gens qu’il avoit offensés, etdont il ne devoit jamais espérer un zèle bien sincère à le ser-vir. La mutinerie qu’il excite, dont il lui amène les chefscomme prisonniers pour le poignarder, est imaginée avecjustesse ; mais jusque-là toute sa conduite est de ces chosesqu’il faut souffrir au théâtre, parcequ’elles ont un éclatdont la surprise éblouit, et qu’il ne feroit pas bon tirer enexemple pour conduire une action véritable sur leur plan.

Je ne sais si on voudra me pardonner d’avoir fait uni-pièce d’invention sous des noms véritables ; mais je ne croispas qu’Arislotc le défende, et j’en trouve assez d’exempleschez les anciens. Les deux Eleclres de Sophocle et d’Euri-pide aboutissent à la même action par des moyens si divers,qu’il faut de nécessité que l’une des deux soit entièrement in-ventée ; l’ Iphigénie in Tauris a la mine d’être de même na-ture; et l'Hélène, où Euripide suppose qu’elle n’a jamais étéà Troie, et que Paris n’y a enlevé qu’un fantôme qui lui res-semhloit, ne peut avoir aucune action épisodique ni princi-pale qui ne parle de la seule imagination de son auteur.

Je n’ai conservé ici, pour toute vérité historique, que l’or-dre de la succession des empereurs Tibère, Maurice, Pho-cas et IJéraclius; j’ai falsifié la naissance de ce dernier pourlui en donner une plus illustre, en le faisant fils de Maurice,

1 Les éditeurs modernes ont écrit : quelque chose d'un peu délicat .C’est vouloir inutilement corriger Corneille.