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AU LECTEUR.
J’ai ôte de ma scène l'horreur d’une catastrophe si bar-bare, et n’ai donné ni au père ni au fils aucun dessein deparricide. J’ai fail ce dernier amoureux de Laodice, afin quel’union d’une couronne voisine donnât plus d’ombrage auxRomains, et leur fit prendre plus de soin d’y mettre un ob-stacle de leur part. J’ai approché de cette histoire celle delàmort d’Annihal, qui arriva un peu auparavant chez ce mêmeroi, et dont le nom n’est pas un petit ornement à mon ou-vrage ; j’en ai fait Nicomede disciple, pourlui prêter plus devaleur et plus de fierté contre les Romains ; et, prenant l’oc-casion de l’ambassade où Flaminius fut envoyé par eux versce roi leur allié pour demander qu’on remît entre leursmains ce vieil ennemi de leur grandeur, je l’ai chargé d’unecommission secrète de traverser ce mariage, qui leur devnildonner de la jalousie. J’ai fait que, pour gagner l’esprit dela reine, qui, suivant l’ordinaire des secondes femmes,avoit tout pouvoir sur celui de son vieux mari, il lui ra-mène un de ses fils, que mon auteur m’apprend avoir éténourri à Rome. Cela fait deux effets : car, d’un côté, ilobtient la perte d’Annibal par le moyen de celte mère ambi-tieuse; et, de l’autre, il oppose à Nicomède un rival appuyéde toute la faveur des Romains, jaloux de sa gloire et de sagrandeur naissante.
Les assassins qui découvrirent à ce prince les sanglantsdesseins de son père m’ont donné jour à d’autres artificespour le faire tomber dans les embûches que sa belle-mère luiavoit préparées; et pour la fin, je l’ai réduite en sorte quetous mes personnages y agissent avec générosité, et que lesuns rendant ce qu’ils doivent à la vertu, et les autres demeu-rant dans la fermeté de leur devoir, laissent un exempleassez illustre, et une conclusion assez agréable.
La représentation n’en a point déplu; et, comme ce nesont pas les moindres vers qui soient partis de ma main, j’aisujet d’espérer que la lecture n’ôtera rien à cet ouvrage de laréputation qu’il s’est acquise jusqu’ici, et ne le fera point ju-ger indigne de suivre ceux qui l’ont précédé. Mon principalbut a été de peindre la politique des Romains au dehors, etcomme ils agissoient impérieusement avec les rois leurs al-