ACTE I, SCÈNE V. 561
Le roi, que le Romain poussera vivement,lie peur d'offenser Rome agira chaudement 1 ;
Et ce prince, piqué d’une juste colère 2 ,
S’emportera sans doute, et bravera son père.
S’il est prompt et bouillant, le roi ne l’est pas moins;
Et, comme à réchauffer j’appliquerai mes soins 3 ,
Pour peu qu’à de tels coups cet amant soit sensible,
Mon entreprise est sûre, et sa perte infaillible.
Voilà mon cœur ouvert 4 , et tout ce qu’il prétend.
Mais dans mon cabinet Flaminius m’attend 5 .
Allons, et garde bien le secret'de la reine.
CI.EOXE.
Vous me connoissez trop pour vous en mettre en peine 6 .
1 Chaudement : cet adverbe est proscrit du style noble. (Y.)
2 Piqué d'une juste colère n'est pas français. On est piqué d’un pro-cédé, et animé de colère. (V.)
3 Cette phrase et ce tour qui commencent par comme sont familiersà Corneille. Il n’y en a aucun exemple dans Racine. Ce tour est unpeu trop prosaïque : il réussit quelquefois ; mais il ne faut pas en faireun trop fréquent usage. \~V.)
b Mais pourquoi a-t-elle ouvert son cœur à Cleone! qu’en résulte-t-il! Je sais qu’il est permis d’ouvrir son cœur; ces confidences sontpardonnées aux passions: une jeune princesse peut avouera sa confi-dente des sentiments qui échappent à son cœur; mais une reine poli-tique ne doit faire part de ses projets qu’à.ceux qui les doivent servir.Cette scène est froide et mal écrite. (V.)
3 II est clair que Flaminius attend la reine ; qu’elle a les plus grandsintérêts du monde de hâter son entretien avec lui. Nicomède est arrivé ;il va trouver le roi ; il n’y a pas lin moment à perdre : cependant elles’arrête pour détailler inutilement à Cléone des projets qui sont d’unenature à n’être confiés qu’à ceux qui doivent les seconder. Cette ma-nière d’instruire le spectateur est sans art et sans intérêt. (Y.)
6 Cela est trop trivial, et ce vers fait trop voir l'inutilité du rôle deCléone : c’est un trts grand art de savoir intéresser les confidents àl’action. Néarque, dans Pobjeucte , montre comment un confident peutêtre nécessaire. (V.)
FIN DU PREMIER ACTE.