ACTE II, SCÈNE II. 571
ARASPE.
Pour tout aulre que lui je sais comme s’expliqueTa règle de la vraie et saine politique.
Aussitôt qu’un sujet s'est rendu trop puissant,
Encor qu’il soit sans crime, il n’est pas innocent :
On n’attend point alors qu’il s’ose tout permettre;
C’est un crime d’État que d’en pouvoir commettre;
Et qui sait bien régner l’empèche prudemmentDe mériter un juste et plus grand châtiment,
Et prévient, par un ordre à tous deux salutaire,
Ou les maux qu’il prépare, ou ceux qu’il pourroit faire.Mais, seigneur,, pour le prince, il a trop de vertu ;
.le vous l’ai déjà dit.
PRUSIAS.
Et m'en répoudras-tu?
Me seras-tu garant de ce qu’il pourra fairePour venger Anuibql, ou pour perdre son frère?
Et le prends-tu pour homme à voir d’un œil égalEt l’amour de son frère, et la mort d’Annibal?
Non, ne nous flattons point, il court à sa vengeance;
Il en a le prétexte, il eu a la puissance ;
Il est l’astre naissant .qu’adorent mes Élats;
Il est le dieu du peuple, et celui des soldats.
Sûr de ceux-ci, sans doute il vient soulever l’autre,
Fondre avec son pouvoir sur le reste du nôtre 1 :
Mais ce peu qui m’en reste, encor que languissant,
N’est.pas peut-être encor tout à fait impuissant.
Je veux bien toutefois agir avec adresse,
Joindre beaucoup d’honneur a bien peu de rudesse 2 ,
ne finissent point par des verbes en monosyllabes; l’harmonie en souf-fre ; U 'peut, il veut, il /ait, U court , sont des syllabes sèches et rudes :il n’en est pas de même dans les rimes féminines, il vole , il presse, ilprie ; ces mots sont plus soutenus; ils ne valent qu’une syllabe, maison sent qu’il y en a deux qui forment une syllabe longue et harmo-nieuse. Ces petites finesses de Fart sont à peine connues, et n’en sontpas moins importantes. ("V.}’
1 Expression vicieuse : on ne peut dire Vautre que quand on l’op-pose à Vun ; le nôtre ne se peut dire à la place du mien, à moins qu’onn’ait déjà parlé au pluriel. Je le répète encore, rien n’est si difficile etsi rare-.que de bien écrire. (V.)
2 Toüt cela est d’un style confus, obscur. Le reste du nôtre qui n’est