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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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’59l> NICOMÈDE.

La grandeur de courage cd une-ame royale ' :

N’est sans cette vert» qu’une vert» brutale 1 ,

Que son mérite aveugle, et qu’un faux jour d’honneurJette en un tel divorce avec le vrai bonheur,

Qu’elle-même se livre à ce qu’elle doit craindre,

Ne se fait admirer que pour se faire plaindre,

Que pour nous pouvoir dire, après un grand soupir,

« J’avois droit de régner,, et n’ai s,u m’en servir. »

Vous irritez un roi dont vous voyez l’arméeNombreuse, obéissante, à vaincre accoutumée;

Vous êtes en ses mains, vous vivez dâns'sa cour.

LAODICE.

Je ne sais si l’honneur eut jamais un faux jour. 2 ,..

Seigneur; mais je veux bien vous répondre en amie.

Ma prudence n’est pas tout à fait endormie 3 ;

Et, sans examiner par quel destin jalouxLa grandeur de courage est si mal avec vous 4 ,

Je veux vous faire voir que celle que j’étale

1 Cette expression est très brutale, surtout d'un ambassadeur à uneprincesse. D’ailleurs ce discours de Flaminius, pour être fin et adroil,n’en est pas moins entortillé et obscur. Une vertu brutale qu’un fau.>jour d’honneur jette en clivbrcc -avec.le vrai bonheur , qui se liv^e à cequ’elle craint ; et cette vertu brutale qui, après un grand soupir, ditqu 'elle avoit droit de régner ; tout cela est bien étrange. La clarté, lenaturel, doivent être les premières qualités de la diction. Quelle diffé-rence quand Néron dit à Junie, dans Racine :

Et ne préférez point à la solide gloireDes honneurs dont César prétend vous revêtirLa gloire d’un refus sujet au repentir ! (V.)

2 II semble que Laonicc, par ce vers, reproche à Flaminius les ex-pressions impropres, les phrases obscures dont il s’est servi, et songalimatias, qui n’était pas le style des ambassadeurs romains. (V.) —Voltaire prodigue trop ce terme de mépris. Si Flaminius pèche parl’expression, il ne pèche pas par le fond des choses. Corneille n’estjamais pauvre d’idées. (P.)

3 Prudence endormie, répondre en amie, etc. ; toutes ces expres-sions sont familières ; il ne les faut jamais employer dans la vraietragédie. (V.)

4 La grandeur de courage est si mal avec vous,style de conversation familière. (V/j