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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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NICOMEDE.

Suis-je digno de vous ? et de telles alarmesTouchent-elles trop peu pour mériter mes larmes?

PUUSIAS.

Ali ! c’est trop de scrupule, et trop mal présumerD’un mari qui vous aime, et qui vous doit aimer.

Ea gloire est plus solide après la calomnie,

Et brille d’autant mieux qu’elle s'en vit ternie.

Mais voici Nicomède, et je veux qu’aujourd’hui...

SCÈNE II.

PRUSIAS, AUSINOÉ, NICOMÈDE, ARASPE, gaudes.

ARSINOE.

Grâce, grâce, seigneur, à notre unique appui!

Grâce à tant de lauriers en sa main si fertiles !

Grâce à ce conquérant, à ce preneur de villes!

Grâce...

NICOMÈDE.

De quoi, madame 1 ? est-ce d’avoir conquisTrois sceptres, que ma perte expose à votre fils?

D’avoir porté si loin vos armes dans l’Asie,

Que môme votre Rome en a pris jalousie?

D’avoir trop soutenu la majesté des rois?

Trop rempli votre cour du bruit de mes exploits?

Trop du grand Annibal pratiqué les maximes?

S’il faut grâce pour moi, choisissez de mes crimes;

I.es voilà tous, madame; et si vous y joignezD’avoir cru des méchants par quelque autre gagnés,

D’avoir une ame ouverte, une franchise entière,

Qui, dans leur artifice, a manqué de lumière,

C’est gloire et non pas crime à qui ne voit le jourQu'au milieu d’une armée, et loin de votre cour,

Qui n’a que la vertu de son intelligence 2 ,

1 Grâce à ce conquérant, à ce preneur de villes !

Grâce... — De quoi, madame? etc.

C’est encore ici de l'ironie. Nicomède ne doit pas répondre sur le mêmeton, et ne faire que répéter qu’il a pris des villes. (V.)

2 Cela veut dire qui ne s'entend qu'avec la vertu ; mais cela est. trèsmal dit : il semble qu’il n’ait d’autre vertu que Vintelligence. (Y.;