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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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442 NICOMÈDE.

le contraste singulier de toutes celles où il avoit fait triompher lagrandeur romaine : ici elle est sans cesse écrasée, et l’on diroit qu’il avoulu en faire justice. Cette singularité prouve les ressources de sontalent, qui se montre encore dans le rôle de Nicomède. On aime à voirla fierté de ces tyrans du monde foulée aux pieds par un jeune héros,élève d’Annibal. Ce rôle soutient la pièce, qui d’ailleurs n’a rien detragique. Aucun des personnages n’est jamais dans un véritable danger.C’est une intrigue domestique à la cour d’un roi vieux et foible, à quil’on veut donner un successeur. Une belle-mère ambitieuse veutécarter Nicomède du trône, et y placer son fils Attale : les ressorts del’intrigue sont entre les mains de deux subalternes qui ne paroissentmême pas : ce sont deux faux témoins subornés par la reine, et qu’elleprétend subornés par Nicomède. Il s’agit d’un projet d'empoisonne-ment : mais l’accusation est si peu vraisemblable, Nicomède si puis-sant, si bien soutenu par scs exploits et par la faveur du peuple, et.d’un autre côté, la reine a tellement subjugué la vieillesse de Prusias,qu’il est impossible de craindre pour personne. Le dénouement est trèsdéfectueux, pareequ'il se trouve à la fin qu’Àttaîe, méprisé par Nico-mède, et traité d’homme sans cœur, fait une action de générosité trèséclatante, et que tout à coup Nicomède lui est redevable de la vie,sans que l’on comprenne bien comment cette vie a été en péril. Joignezà ces défauts la foiblesse et l'avilissement extrême de Prusias, et l’onconviendra que "Voltaire a raison quand il dit que l’auteur auroit dûappeler cet ouvrage comédie, héroïque, et non pas tragédie. (La H.) —Nicomède n’est pas, comme le dit "Voltaire, dans le goût de Don S anched’Aragon. Don Sanche n’est qu’un personnage de pure fantaisie, unaventurier, ou, si l’on veut, un hérosde roman ; et Nicomède, Prusias,Attale, Flaminius, sont des personnages historiques. Observez d’ail-leurs avec quel art Corneille, par un choix heureux de circonstances,a su prêter à son sujet tout l’éclat dont il étoit susceptible. C’est chezPrusias même, père de Nicomède, qu’Annibal, se méfiant avec raisonde la foiblesse de ce prince, venoit d’éviter, par une mort volon-taire, l'affront d’être livré aux Romains ; et non-seulement Corneillene manque pas d’enrichir sen sujet de ce trait d’histoire, et de prêter,si nous l’osons dire, à sa pièce l’appui du grand nom d’Annibal, maisil suppose que Nicomède avoit été l’élève de ce héros dans l’art de laguerre, et l’héritier de toute sa haine contre les Romains. Observezencore que jamais Corneille n’a peint avec plus de vérité que dans cettepièce la politique insidieuse de ces mêmes Romains, et la tyranniequ’ils exerçoient sur les rois ; et jugez si l’intrigue romanesque de DonSanche d’Aragon peut être comparée à ces grands objets. Il fautavouer cependant que trop de familiarités et de négligences dans lestyle de Nicomède ne permettent pas de mettre cette pièce au rang deschefs-d’œuvre de Corneille; mais nous ne la regardons pas moinscomme une de ses plus étonnantes productions. On a dit de la Bérénice