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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE IX.

de Racine, que c’étoît une de ses pins faibles tragédies, ou même quece n’étoit point une tragédie; mais que Racine pourtant étoit seul ca-pable de faird un si bel ouvrage. Kous croyons qu’à beaucoup d’égardson en pourroit dire autant de Nicomede. Quèî autre, en effet, queCorneille eût osé concevoir le projet d’une tragédie qui ne seroit sou-tenue par aucune de ces passions sans lesquelles on auroit cru que latragédie ne pouvoit exister? Lui-même reconnoît qu'elles n’ont aucunepart dans cette pièce; et véritablement il l’a fondée tout entière sur lesentiment d’admiration que doit inspirer un grand homme qui n’opposeà tous les malheurs dont il est menacé qu’un courage inébranlable, etune fieité qui ne se dément jamais. Tel est, en effet, d’un bout à l'autrede la pièce, le caractère de Isicomède. Dédaignant de se plaindre, etne pouvant s’abaisser un moment à la dissimulation, il ne sait com-battre ses persécuteurs que par l’excès de son mépris. C’est en s’ar-mant contre eux de l’ironie la plus accablante qu'il parvient souvent àles déconcerter, sans épargner même la faiblesse de son propre père.Ce qu’on n’a point encore osé tenter en comédie, le caractère du rail-leur, Corneille a su le'rendre héroïque dans la tragédie. Isous le ré-pétons, cette prodigieuse difficulté ne pouvoit être vaincue que parson génie; et Voltaire, en disant que cette pièce est dans le goût deDon Sanche d’Aragon, quelque éloge qu’il en fasse ensuite, semblen’avoir senti que faiblement ce qu’elle a de vraiment admirable. Ellese soutiendra avec éclat au théâtre, tant qu’il restera des acteurs quiréuniront, comme le célèbre Le Kain, à une grande supériorité d’in-telligence et de talent, assez de noblesse pour rendre dans toute sadignité le beau personnage de Kicomède. Voltaire dit qu’après avoirété oubliée pendant plus de quatre-vingts ans, cette pièce ne reparutqu’en 1756, et que les comédiens n’osèrent lui donner que le titre detragi-comédie. Il devoit ajouter qu’elle reparut d’une manière si bril-lante, que bientôt on ne lui donna plus sur les affiches que le titre detragédie, titre que Corneille lui avoit donné dans son origine, et qu’elleporte en effet dans toutes les éditions. Il est vrai qu’elle est du nombrede ces pièces qui ne peuvent se passer du talent d’un très grand ac-teur, et qui doivent, par conséquent, disparoltre assez fréquemmentdu théâtre. (P.)

FIN DU CINQUIÈME ACTE.