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EXAMEN DE NICOMÈDE.
Dans l'admiration qu’on a pour sa vertu, je trouve une ma-nière de purger les passions, dont n’a point parlé Aristote, etqui est peut-être plus sûre que celle qu’il prescrit à la tra-gédie par le moyen de la pitié et de la crainte. L’amour qu’ellenous donne pour cette vertu que nous admirons, nous imprimede la haine pour le vice contraire. La.grandeur de courage deNicomède nous laisse une aversion de la pusillanimité; et lagénéreuse reconnoissance d’Iléraclius, qui expose sa vie pourMarlian, à qui il est redevable de la sienne, nous jette dansl’horreur de l'ingratitude.
Je ne veux point dissimuler que cette pièce est une decelles pour qui j’ai le plus d’amitié. Aussi n’v remarquerai-jeque ce défaut de la lin qui va trop vile, comme je l’ai dit ail-leurs, et où l’on peut même trouver quelque inégalité demœurs en Prusias et Flaminius, qui, après avoir pris la fuitesur la mer, s’avisent tout d’un coup de rappeler leur cou-rage, et viennent se ranger auprès de la reine Arsinoé, pourmourir avec elle en la défendant. Flaminius y demeure enassez méchante posture, voyant réunir toute la famille royale,malgré les soins qu’il avoit pris de la diviser, et les Instruc-tions qu’il en avoit apportées de Rome. 11 s’y voit enlever parAicomède les affections de cette reine et du prince Attale,qu’il avoit choisis pour instruments à traverser sa grandeur,et semble n’èlre revenu que pour cire témoin du triomphe,qu’il remporte sur lui. D’abord, j’avois fini la pièce sans lesfaire revenir, et m’étois contenté de faire témoigner par Ai-eoinède à sa belle-mère grand déplaisir de ce que la fuite duroi ne lui permetioit pas de lui rendre ses obéissances.
Cela ne démentait point l’effet historique, puisqu’il laissoilsamort en incertitude ; mais le goût des spectateurs, que nousavons accoutumés à voir rassemblés tous nos personnages à laconclusion de cette sorte de poèmes, fut cause de ce change-ment, où je me résolus, pour leur donner plus de satisfaction,bien qu’avec moins de régularité.
FIN I)E KICOJIÈDE.