AU LECTEUR.
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pouvoit vivre encore sans miracle; et l’auditeur, qui commu-nément n’a qu’une teinture superficielle de l’histoire, s’offenserarement d’une pareille prolongation qui ne sort point delàvraisemblance. Je ne voudrais pas toutefois faire une règle gé-nérale de celle licence, sans y mettre quelque distinction. Lamort de Sylla n’apporta aucun changement aux affaires deSertorius en Espagne, et lui l'ut de si peu d’importance, qu’ilest malaisé, en lisant la vie de ce héros chez Plutarque, deremarquer lequel des deux est mort le premier, si l’on n’enesl instruit d’ailleurs. Autre chose est de celles qui renversentles Etals, détruisent les partis, et donnent une autre face auxaffaires, comme a été celle de Pompée, qui ferait révoltertout l’auditoire contre un auteur, s’il avoil l’imprudence dela metire après celle de César. D’ailleurs, il Jalloit colorer etexcuser en quelque sorte la guerre que Pompée et les autreschefs romains conlinuoieiil contre Sertorius; car il est assezmalaisé de comprendre pourquoi l’on s’y obstinoit, après quela république semhloit être rétablie par la démission volon-taire el la mort de son tyran. Sans doute que son esprit desouveraineté qu’il «voit fait revivre dans Rome n’y étoit pasmort avec lui, et que Pompée et beaucoup d’autres, aspirantdans lame à prendre sa place, craignoient que Sertorius neleur y fût un puissant obstacle, ou par l’amour qu’il avoittoujours pour sa pairie, ou par la grandeur de sa réputationet le mérite de ses actions, qui lui eussent fait donner la pré-férence, si ce grand ébranlement de la république l’eût miseen étal de ne se pouvoir passer de maître. Pour ne pas dés-honorer Pompée par celle jalousie secrète de son ambition,qui semoit dès lors ce qu’on a vu depuis éclater si liaulemenf,et qui peut-être étoil le véritable motif de cette guerre, jeme suis persuadé qu’il étoit plus à propos de faire vivreSylla, afin d’en attribuer l’injustice à la violence de sa do-min,ilion. Cela m’a servi de plus à arrêter l’effet de ce .puis-sant amour que je lui fais conserver pour son Arisfie, avecqui il n’eût pu se défendre, de renouer, s’il n’eût eu rien àcraindre du côté de Sylla, dont le nom odieux, mais illustre,donne un grand poids aux raisonnements de la politique, quilait l’ame de toute cette tragédie.