ACTE II, SCÈNE II. «9
A qui d’eux pouvez-vous confier ce grand nom'?
SEIiTOKIÜS.
Je voudrois faire un choix qui pût aussi vous plaire;
Mais, à ce froid accueil que je vous vois leur faire,
Il semble que pour tous sans aucun intérêt...
VIRIATE.
C’est peut-être, seigneur, qu’aucun, d’eux ne me plaît,
Et que de leur haut rang la pompe la plus vaineS’efface au seul aspect de la grandeur romaine.
SERTORIUS.
Si donc je vous offrois pour époux un Romain?
VIRIATE.
Pourrois-je refuser un don de votre main?
SERTORIUS.
J’ose après cet aveu vous faire offre d’un hommeDigne d’être avoué de l’ancienne Rome.
Il en a la naissance, il en a le grand cœur •,
Il est couvert de gloire, il est plein de valeur;
De toute voire Espagne il a gagné l'estime,
Libéral, intrépide, affable, magnanime;
Enlin c’est Perpenna sur qui vous emportez...
VIRIATE.
J’attendois votre nom après ces qualités;
Les éloges brillants que vous daignez y joindreNe me permettoient pas d’espérer rien çle moindre :
Mais certes le détour est un peu surprenant.
Vous donnez une reine à votre lieutenant!
Si vos Romains ainsi choisissent des maîtresses,
A vos derniers tribuns il faudra des princesses 2 .
qu’un. Il est vraisemblable que c’est une faute ancienne des impri-meurs, et qu’on doit lire, sur qui de tous ces rois êtes-vous sanssoupçon ? tV.}
1 Cette phrase signifie il a la naissance de Home, il a le grand cœurde Rome. On sent bien que l’auteur veut dire il est ni Romain, il a lavaleur d’un Romain; mais il ne suffit pas qu’on puisse l’entendre, ilfaut qu’on ne puisse pas l’entendre autrement. (V.)
2 Cette réponse est fort belle, elle doit toujours faire un grand effet.Les vers suivants semblent l'affoiblir. Parlons net sent un peu trop ledialogue de comédie; et le mot de maîtresse n’a jamais été employépar Racine dans ses bonnes pièces. ( V.) — On le trouve dans Bajazet,