480 SERTORIUS.
Sertorius y règne : si dans tout notre empireIl dispense des lois où j’ai voulu souscrire,
Je ne m’en repens point, il en a bien usé;
Je rends grâces au ciel qui l’a favorisé.
Mais, pour vous dire en lin de quoi je suis jalouse,
Quel rang puis-je garder auprès de son épouse?
Àristie y prétend, et l'offre qu’elle fait,
Ou que l’on fait pour elle, en assure l’effet 1 .
Délivrez nos climats de cette vagabonde,
Qui vient par son exil troubler un autre monde;
El forcez-la sans bruit d’Iionorer d’autres lieuxDe cet illustre objet qui me blesse les yeux.
Assez d’autres Étals lui prêteront asile.
PERPENNA.
Quoi que vous m’ordonniez, tout me sera facile :
Mais quand Sertorius ne l’épousera pas,
Un autre hymen vous met dans le même embarras*.
Et qu’importe, après tout, d’une autre ou d’Aristie,
Si...
VIRIATE.
Rompons, Perpenna, rompons cette partie;
Donnons ordre au présent ; et quant à l’avenir,
Suivant l’occasion nous saurons y fournir.
Le temps est un grand maître, il règle bien des choses.Enlin je suis jalouse, et vous en dis les causes.
Voulez-vous me servir?
PERPENNA.
Si je le veux? j’y cours.
Madame, et meurs déjà d’y consacrer mes jours 1 2 3
1 II faut éviter ces expressions prosaïques et négligées : celle-ci u’estni noble ni exacte. Une offre n’assure point un eifet; une offre est ac-ceptée ou dédaignée ; le mot d 'effet ne s’applique qu’aux desseins etaux causes, aux menaces, aux prières. |V.)
2 Perpenna n’a aucune raison de parler d’un autre hymen de Serto-rius, puisqu’il n’en est point question dans la pièce : et quel style decomédie! un hymen qui met dans l’embarras. (Y.)
3 II fallait, et je meurs; mais cette façon de parler est du style de lacomédie ; encore ne dit-on pas même, Je meurs d'aller, je meurs de ser-vir , mais je meurs d’envie d’aller , de servir ; et cela ne se dit que dansla conversation familière. (V.)