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ACTE III, SCÈNE I.
De suivre ou d’obéir que suivant qu’il leur plaît.
Je sais une autre voie, et plus noble et plus sûre.
Sylla, si vous voulez, quitte sa dictature;
Et déjà de lui-même il s’en serait démis,
S’ilvoyoit qu’en ces lieux il n’eût plus d'ennemis.
Mettez les armes bas, je réponds de l’issue,
J’en donne ma parole après l’avoir reçue.
Si vous êtes Romain, prenez l’occasion.
SERTORIUS.
Je ne m’éblouis point de celte illusion.
Je connois le tyran, j’en vois le stratagème;
Quoi qu’il semble promettre, il est toujours lui-même.
Vous qu’à sa détiance il a sacriliéJusqnesà vous forcer d’être son allié 1 ...
POMPÉE.
Hélas ! ce mot me tue, et, je le dis sans feinte,
C’est l’unique sujet qu’il m’a donné de plainte.
J’aimois mon Aristie, il m’en vient d’arracher 2 ;
Mon cœnr frémit encore à me le reprocher :
Vers tant de biens perdus sans cesse il me rappelle ;
Et je vous rends, seigneur, mille grâces pour elle,
A vous, à ce grand cœur dont la compassionDaigne ici l’honorer de sa protection.
SERTORIUS.
Protéger hautement les vertus malheureuses,
C’est le moindre devoir des aines généreuses 3 :
Aussi fais-je encor plus, je lui donne un époux.
POMPEE.
Un époux ! dieux ! qu’entends-je ! Et qui, seigneur?
1 Cette transition ne me paraît pas assez ménagée. Je crois que Ser-torius devait, dans l’énumération des cruautés de Sylla, compter celled’avoir forcé Pompée à répudier sa femme. (Y.)
2 J’aimais mon Aris/i : est faible, trivial, et comique. (Y.)— J’airnolsmon ArisVe ne nous paroît ni trivial, ni comique surtout ; nous n’yvoyons qu’une expression simple ou naïve, qui, employée à propos, neseroit pas déplacée dans le sujet le plus noble. Il y a loin du naïf, dufamilier même, au trivial ; et ce qui n’est que simple n’est pas toujourscomique. (P.)
y Sertorius ne doit point dire qu’il est une amc généreuse : il doit lelaisser entendre : c’est le défaut de tous les héros de Corneille de sevanter toujours. (Y.)