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SERTORIUS.
SERTORIUS.
Moi.
Seigneur, toute son ame est à moi dès l'enfance :M’imitez point Sylla par cette violence;
Mes maux sont assez grands, sans y joindre celuiDe voir tout ce que j’aime entre les bras d’autrui.
SERTORIUS.
Tout est encor à vous. Venez, venez, madame,Kaire voir quel pouvoir j’usurpe sur votre ame,
Et montrer, s’il se peut, à tout le genre humainLa force qu’on vous fait pour me donner la main 1.
POMPEE.
C’est elle-même, ô ciel I
SERTORIUS.
Je vous laisse avec elle,
1 La force qu'on vous fait est un barbarisme : on dit prendre à force,faire force de rames, de voiles, céder à la. force, employer la force:mais non faire force à quelqu'un. Le terme propre est faire violenceou forcer. Remarquons ici que le grand Pompée est présenté sous unaspect bien défavorable ; c’est l'aventure la plus honteuse de sa vie : ila répudié Antistia, qu’il aimait, et a épousé Emilie, la petite-fille d»Sylla, pour faire sa cour à ce tyran : cette bassesse était d’autant plushonteuse, qu’Emilie était grosse de son premier mari quand Pompéel'épousa par un double divorce. Pompée avoue ici sa honte à Sertoriuset à sa première femme : il ne paraît que comme un esclave de Sylla,qui craint de déplaire à son maître ; dans cette position, quelque chosequ’il dise où qu’il fasse, il est impossible de s’intéresser à lui. On prendun interet médiocre à Sertorius amoureux. Yiriate est peut-être le pre-mier personnage de la pièce; mais quiconque n’étalera que de la poli-tique n’excitera jamais les grands mouvements, qui sont l’ame de latragédie. Il est dit, dans le Bolèana , que Boileau n’aimait pas cette fa-meuse conférence de Sertorius et de Pompée. On prétend que Boileau• lisait que cette scène n’était ni dans la raison , ni dans la nature, etqu’il était ridicule que Pompée vînt redemander sa femme à Sertorius,tandis qu’il en avait une autre de la main de Sylla. J’avoue que l’objet«le cette conférence peut être critiqué; mais j’ai bien de la peine à,croire que Boileau ne fût pas content des morceaux adroits et sublimesde cette scène ; il savait trop bien que le goût consiste à savoir ad-mirer les beautés au milieu des défauts. (V.) — Le Bolèana est unlivre assez méprisé, qui n’a jamais eu d’autorité chez les littérateur»instruits. (P.)