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SERTORIUS.
ARISTIE.
Mais quoi! n’ êtes-vous pas entre les bras d’une autre?
POMPÉE.
Non, puisqu’il vous en faut confler le secret,
Emilie à Sylla n’obéit qu’à regret.
Des bras d’un autre époux ce tyran qui l’arracheNe rompt point dans son cœur le saint nœud qui rattache ;Elle porte en ses flancs le fruit de cet amour *,
Que bientôt chez moi-même elle va mettre au jour;
Et, dans ce triste état, sa main qu’il m’a donnéeN’a fait que l’éblouir par un feint hyménée,
Tandis que, tout entière à son cher Glabrion,
Elle paroît ma femme, et n’en a que le nom.
ARISTIE.
Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte.Rendez-le-moi, seigneur, ce grand nom qu’elle porte 2.
J’aimai votre tendresse et vos empressements :
Mais je suis au-dessus de ces attachements;
Et tout me sera doux, si ma trame coupéeMe rend à mes aïeux en femme de Pompée,
Et que sur mon tombeau ce grand titre gravéMontre à tout l’avenir que je l’ai conservé.
J’en fais toute ma gloire et toutes mes délices ;
Un moment de sa perte a pour moi des supplices.Vengez-moi de Sylla, qui me l’ôte aujourd’hui,
Ou souffrez qu’on me venge et de vous et de lui ;
Qu’un autre hymen me rende un litre qui l’égale;
Qu'il me relève autant que Sylla me ravale :
Non que je puisse aimer aucun autre que vous;
Mais pour venger ma gloire il me faut un époux 3 ,
1 Ce détail domestique, cette confidence de Pompée, qu’il ne couchepoint avec sa nouvelle femme, et qu’elle est grosse d’un autre, sont au-dessous de la comédie. De telles naïvetés qui succèdent à la belle scènede l’entrevue de Pompée et de Sertorius justifient ce que Molière disaitde Corneille, qu’il y avait un lutin qui tantôt lui fesait ses vers admi-rables, et tantôt le laissait travailler lui-même. (V.)
2 C’est le lutin qui fit ce vers-là ; mais ce n’est pas lui qui fit pourelles de ma sorte :
Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte. (V.)
3 Une femme qui dit que, pour la venger, il lui faut un mari, dit