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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE II.

Il m’en faut un illustre, et dont la renommée...

POMPÉE.

Ali! ne vous lassez point d’aimer et d’être aimée *.

Peut-être touchons-nous au moment désiréQui saura réunir ce qu’on a séparé.

Ayez plus de courage et moins d’impatience 5 ;

Souffrez que Sylla meure, ou quitte sa puissance...

ARIST1E.

J’attendrai de sa mort ou de son repentirQu’à me rendre l’honneur vous daigniez consentir?

Et je verrai toujours votre cœur plein de glace,

Mon tyran impuni, ma rivale à ma place,

Jusqu'à ce qu’il renonce au pouvoir absolu,

Après l’avoir gardé tant qu’il l’aura voulu?

POMPÉE.

Mais tant qu’il pourra tout, que pourrai-je, madame 3 ?

AR1STIE.

Suivre en tous lieux, seigneur, l’exil de votre femme 4 ,

La ramener chez vous avec vos légions,

Et rendre un heureux calme à nos divisions 3 .

une étrange chose. Corneille l’a bien senti en relevant cet aveu par cesmots, il m'en faut un illustre ; et ce n’est peut-être pas encore assez.

(T.)

1 Ah! ne vous lassez point d’aimer et d’être aimée,

est un vers d’églogue ; et entre un mari et une femme, il est au-dessousdel’églogue. (Y.)

2 C’est, au contraire, c’est Aristie qui doit dire à Pompée, ayez plusdécouragé: c’est lui seul qui en manque ici. (V.)

3 Ce vers humilie trop Pompée. Il y a des hommes qu’il ne faut ja-mais faire voir petits. (Y.)

* On ne suit point un exil, on suit une exilée. (Y.)

5 On rend le calme à un peuple agité et divisé, on ne rend point lecalme à une division ; cela est impropre et forme un contre-sens : onfait succéder le calme au trouble, à l’orage ; l’union, la concorde, à ladivision. Corneille, dans ses vingt dernières pièces *, ne se sert presquejamais du mot propre, ne parle presque jamais français, et surtout n’estjamais intéressant ; et cela, tandis que la langue se perfectionnait sousla plume de tant de beaux génies du grand siècle; tandis que Racine

* Exagération impardonnable. Ce n’est point là juger Corneille, c’est le diffa-mer. (P.)