Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE CINQUIEME.

SCÈNE I 1 .

ARISTIE, VIRIATE.

ARISTIE.

Oui, madame, jen suis comme vous ennemie.

Vous aimez les grandeurs, et je hais linfamie.

Je cherche à me venger, vous, à vous établir;

Mais vous pourrez me perdre, et moi, vous affoiblir,

Si le cœur mieux ouvert ne met dintelligenceVotre établissement avecque ma vengeance.

On ma volé Pompée; et moi pour le braver,

Cet ingrat que sa foi nose me conserver,

Je cherche un autre époux qui le passe ou légale :

Mais je nai pas dessein dêtre votre rivale,

Et nai point prévoir, ni que vers un RomainUne reine jamais daignât pencher sa main,

Ni quun héros, dont lame a paru si romaine,

Démentît ce grand nom par lhymen dune reine.

1 Que veulent Aristie et Viriate? quont-elles à se dire? Elles se par-ient pour se parler : cest une dame qui rend visite à une autre, ellesfont la conversation ; et cela est si vrai, que Viriate répète à la femmede Pompée tout ce quelle a déjà dit de Sertorius. La règle est quau-cun personnage ne doit paraître sur la scène sans nécessité : ce nestpas encore assez, il faut que cette nécessité soit intéressante. Ces dia-logues inutiles sont ce quon appelle du remplissage. Il est presqueimpossible de faire une tragédie exempte de ce défaut. Lusage a vouluque les actes eussent une longueur à peu près égale. Le public, encoregrossier, se croyait trompé sil navait pas deux heures de spectaclepour son argent. Les chœurs des anciens étaient 'absolument ignorés,et, dans ces malheureux jeux de paume, de mauvais farceurs étaientaccoutumés à déclamer les farces de Hardi et de Garnier, le bourgeoisde Paris exigeait pour ses cinq sous quon déclamât pendant deux-heures. Cette loi a prévalu depuis que nous sommes sortis de la bar-barie nous étions plongés. On ne peut trop sélever contre ce ridi-cule usage. (V.)