ACTE V, SCÈNE I. 553
J’ai cru dans sa naissance et votre dignitéPareille aversion et contraire fierté.
Cependant on me dit qu’il consent l’hyménée,
Et qu’en vain il s’oppose au choix de la journée,
Puisque, si dès demain il n’a tout son éclat,
Vous allez du parti séparer votre État.
Comme je n’ai pour but que d’en grossir les forces,J’aurois grand déplaisir d’y causer des divorces,
Et de servir Sylla mieux que tous ses amis,
Quand je lui veux partout faire des ennemis.
Parlez donc : quelque espoir que vous m’ayez vu prendre,
Si vous y prétendez, je cesse d’y prétendre;
Un reste d’autre espoir, et plus juste et plus doux,
Saura voir sans chagrin Sertorius à vous.
Mon cœur veut à toute heure immoler à PompéeTous les ressentiments de ma place usurpée;
Et, comme son amour eut peine à me trahir,
J’ai voulu me venger, et n’ai pu le haïr.
Ne me déguisez rien, non plus que je déguise.
VIRIATE.
Viriate à son tour vous doit même franchise,
Madame; et d’ailleurs même on vous en a trop dit,
Pour vous dissimuler ce que j’ai dans l’esprit.
J’ai fait venir exprès Sertorius d’AfriquePour sauver mes États d’un pouvoir tyrannique;
Et nies voisins domptés m’apprenoient que sans luiNos rois contre Sylla n’étaient qu’un vain appui.
Avec un seul vaisseau ce grand héros prit tevre 1 ;
Avec mes sujets seuls il commença la guerre :
Je mis entre ses mains mes places et mes ports,
Et je lui confiai mon sceplre et mes trésors.
Dès l’abord il sut vaincre, et j’ai vu la victoireEntier de jour en jour sa puissance et sa gloire.
Nos rois lassés du joug, et vos persécutés,
Avec tant de chaleur l’ont joint de tous côtés,
1 Ces particularités ont déjà été annoncées dès le premier acte. Vi-riate fait, au cinquième, une nouvelle exposition. Rien ne l'ait mieuxvoir qu’elle n’a rien à dire : point de passion, point d’intrigue dans Vi-riate, nul changement d’état. (V.)