ACTE V, SCÈNE IV. 541
Et quand il me verra commander une arméeContre lui tant de fois à vaincre accoutumée,
Il se rendra facile à conclure une paix
Qui faisoit dès tantôt ses plus ardents souhaits.
J’ai même entre mes mains un assez bon otage,
Pour faire mes traités avec quelque avantage.
Cependant vous pourriez, pour votre heur et le mien.
Ne parler pas si haut à qui ne vous dit rien ’.
Ces menaces en l’air vous donnent trop de peine.
Après ce que j’ai fait, laissez faire la reine ;
Et, sans blâmer des vœux qui ne vont point à vous,
Songez à regagner le cœur de votre époux.
VIRIATE.
Oui, madame, en effet c’est à moi de répondre,
Et mon silence ingrat a droit de me confondre 1 2 .
Ce généreux exploit, ces nobles sentiments,
Méritent de ma part de hauts remerciements :
Les différer encor, c’est lui faire injustice.
11 m’a rendu sans doute un signalé service;
Mais il n’en sait encor la grandeur qu’à demi.
Le grand Sertorius fut sou parfait ami.
Apprenez-le, seigneur (car je me persuadeQue nous devons ce titre à votre nouveau grade ;
Et pour le peu de temps qu’il pourra vous durer,
Il me coûtera peu de vous le déférer);
Sachez donc que pour vous il osa me déplaire,
Ce héros; qu’il osa mériter ma colère;
Que malgré son amour, que malgré mon courroux,
Il a fait tous efforts pour me donner à vous;
Et qu’à moins qu’il vous plût lui rendre sa parole,
Tout mon desseinn’étoit qu’un atteinte 3 frivole;
1 Ce sont des vers de Jodelet ; et je ne vous dis rien , après lui avoirparlé assez longtemps, est encore plus comique. (V.)
2 Le silence ingrat de Viriate! cette ingrate de fièvre ! joignez àcela de hauts remerciements. (V.)
3 La dernière édition donnée par Pierre Corneille (1682), et cellepubliée par Thomas Corneille, son frère (1692), portent atteinte. Ce-pendant Vol taire, et après lui tous les éditeurs modernes ont mis attente ,qui rend la phrase inintelligible, et qui, dans l’édition originale (1662),doit être regardé comme une faute d’impression.