512 SERTORIUS.
Ou’il s'obstinoit pour vous au refus de ma main.
ARISTIE.
Et tu peux lui plonger un poignard dans le sein !
Et ton bras...
VIRIATE.
Permettez, madame, que j’estimeLa grandeur de l’amour par la grandeur du crime.
Chez lui-même, à sa table, au milieu d’un festin,D’un si parfait ami devenir l’assassin,
Et de soii général se faire un sacrifice,
Lorsque son amitié lui rend un tel service;
Renoncer à la gloire, accepter pour jamaisL’infamie, et l’horreur qui suit les grands forfaits;Jusqu’en mon cabinet porter sa violence;
Pour obtenir ma main, m’y tenir sans défense;
Tout cela d’autant plus fait voir ce que je doiA cet excès d’amour qu’il daigne avoir pour moi;Tout cela montre une ame au dernier point charmée :Il serait moins coupable à m’avoir moins aimée;
Et comme je n’ai point les sentiments ingrats,
Je lui veux conseiller de ne m’épouser pas.
Ce seroit en son lit mettre son ennemie,
Pour être à tous moments maîlresse de sa vie ;
Et je me résoudrais à cet excès d’honneur,
Pour mieux choisir la place à lui percer le cœur 1 .Seigneur, voilà l’effet de ma reconnoissanee.
Du reste, ma personne est en votre puissance :
Vous êtes maître ici; commandez, disposez,
Et recevez enfin ma main si vous Posez.
l liodelinde dit dans Pertharile :
Pour mieux choisir la place à te percer !e cœur.
A ces conditions, prends ma main si tu l’oses.
Mais ces vers ne font aucune impression ni dans Pertharite, ni dansSertorius , pareeque les personnages qui les prononcent n’ont pasd’assez fortes passions. On est quelquefois étonné que le meme vers, lemême hémistiche, fasse un très grand effet dans un endroit, et soi! àpeine remarqué dans un autre. La situation en est cause: aussi onappelle vers de situation ceux qui par eux-mêmes n‘ayant rien de su-blime le deviennent par, les circonstances où ils sont placés. (Y.)