ACTE V, SCENE V.
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PERPENNA.
Moi! si je l’oserai? Vos conseils magnanimesPouvoieut perdre moins d’art à m’étder mes crimes * :J’en comtois mieux que vous toute l’énormité,
Et pour la bien connoîlre ils m’ont assez coûté.
On ne s’attache point sans on remords bien rudeA tant de perfidie et tant d’igratitude :
Pour vous je l’ai dompté, pour vous je l’ai détruit ;
J’en ai l'ignominie, et j’en aurai le fruit.
Menacez mes forfaits et proscrivez ma tête,
De ces mêmes forfaits vous serez la conquête;
Et n’eût tout mon bonheur que deux jours à durer,Vous n’avez dès demain qu’à vous y préparer.
J’accepte votre haine, et l’ai bien méritée;
J’en ai prévu la suite, et j’en sais la portée.
Mon triomphe...
SCÈNE V.
PERPENNA, ARISTIE, VIRIATE, AUFIDE, ARCAS,THAMIRE.
AUFIDE.
Seigneur, Pompée est arrivé,
Nos soldats mutinés, le peuple soulevé 1 2 ,
La porte s’est ouverte à son nom, à son ombre.
Nous n’avons point d’amis qui ne cèdent au nombre :Antoine et Manlius déchirés par morceaux,
Tout morts et tout sanglants, ont encor des bourreaux.
Ou cherche avec chaleur le reste des complices,
Que lui-même il destine à de pareils suppliais.
Je défendois mon poste, il l’a soudain forcé,
1 Dès qu’on fait sentir qu’il y a de l’art dans une scène, cette setnene peut plus toucher le cœur. (Y.)
2 Ceci est une aventure nouvelle qui n’est pas assez préparée.Pompée pouvait venir ou ne venir pas le même jour ; les soldats pou-vaient ne se pas mutiner : ces accidents ne tiennent point au nœud dela pièce. Toute catastrophe qui n’est pas tirée de l’intrigue est un dé-faut de l’art, et ne peut émouvoir le spectateur. (Y.)