SERTORIUS.
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Si vous m’aviez connu, vous l’auriez su prévoir.
Rome, en deux factions trop longtemps partagée,
N’y sera point pour moi de nouveau replongée;
Et quand Sylla lui rend sa gloire et son bonheur,
Je n'y remettrai point le carnage et l’horreur 1 .
Oyez, Celsus.
{Il lui parle à l’oreille.)
Surtout empêchez qu’il ne nommeAucun des ennemis qu’elle m’a faits à Rome.
{à Perpenna.)
Vous, suivez ce tribun; j’ai quelques intérêtsQui demandent ici des entretiens secrets.
PERPENNA .
Seigneur, se pourroit-il qu’après un tel service...
POMPÉE.
J’en connois l’importance, et lui rendrai justice.
Allez.
PERPENNA .
Mais cependant leur haine...
POMPÉE.
C’est assez.
Je suis maître, je parle, allez, obéissez 2.
du théâtre s’est fait longtemps avec une indécence révoltante; maisl’action de Pompée n’en est pas moins belle. Chénier, dans sa tra-gédie de Philippe second , a fait un emploi très heureux d’un moyenà peu près semblable. Don Carlos brûle des papiers qu’on veut lui ar-racher, et qui compromettroient des citoyens fidèles à qui l’on fait uncrime de réclamer les droits de leur patrie. (P.)
1 On ne remet point le carnage dans une ville, comme on y remet lapaix. Le carnage et Vhorreur, termes vagues et usés qu’il faut éviter.Aujourd’hui, tous nos mauvais versificateurs emploient le carnage etl’horreur à la fin d’un vers, comme les armes et les alarmes pour rimer.
(V.)
2 Le froid qui règne dans ce dénoûment vient principalement durôle bas et méprisable que joue Perpenna. Il est assez lâche pour veniraccuser la femme de Pompée d’avoir voulu faire des ennemis à sonmari dans le temps de son divorce , et assez imbécile pour croire quePompée lui en saura gré dans le temps qu’il reprend sa femme. Un dé-faut non moins grand, c’est que cette accusation contre Aristie est unfaible épisode auquel on ne s’attend point. C’est une belle chose da#isl’histoire que Pompée brûle les lettres sans les lire ; mais ce n’est pointdu tout une chose tragique : ce qui arrive dans un cinquième acte, sans