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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE VII.

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SCÈNE VII.

POMPÉE, VIRIATE, ARISTIE, TIIAMIRE, ARCAS.

POMPÉE.

No vous offensez pus douïr parler en maître,

Grande reine : ce nest que pour punir un traître.

Criminel envers vous davoir trop écoutéTinsolence montoit sa noire lâcheté,

Jai cru devoir sur lui prendre ce haut empire,

Pour me justifier avant que vous rien dire :

Mais je nabuse point dun si facile accès,

avoir été préparé dans les premiers, ne fait jamais une impression vio-lente. Ces lettres sont une chose absolument étrangère à la pièce.Ajoutez à tous ces défauts contre lart du théâtre que le supplice duncriminel, et surtout dun criminel méprisable, ne produit jamais aucunmouvement dans lame ; le spectateur ne craint ni nespère. Il ny apoint dexemple dun dénoûment pareil qui ait remué l'âme, et il nyen aura point. Aristote avait bien raison et connaissait bien le cœurhumain, quand il disait que le simple châtiment dun coupable ne pou-vait être un sujet propre au théâtre. Encore une fois, le cœur veut êtreému; et, quand on ne le trouble pas, on manque à la première loi dela tragédie. Yiriate parle noblement à Pompée ; mais des compliments,finissent toujours une tragédie froidement. Toutes ces vérités sontdures, je lavoue; mais à qui dures"! à un homme qui nest plus"! Quelbien lui ferai-je en le flattant"! quel mal, en disant vrai"! Ai-je entre-pris un vain panégyrique ou un ouvrage utile ? Ce nest pas pour lui queje réfléchis, et que jécris ce que mont appris cinquante ans dexpé-rience, cest pour les auteurs et pour les lecteurs. Quiconque ne con-naît pas les défauts est incapable de connaître les beautés ; et je répètece que jai dit dans lexamen de presque toutes ces pièces, que la vé-rité est préférable à Corneille, et quil ne faut pas tromper les vivantspar respect pour les morts. Je ne suis pas même retenu par la craintede me voir soupçonné de sentir un plaisir secret à rabaisser un grandhomme, dans la vaine idée de mégaler à lui en lavilissant : je me croistrop au-dessous de lui. Je dirai seulement ici que je parlerais avec plusde hardiesse et de force si je ne métais pas exercé quelquefois danslart de Corneille. Jai dit ma pensée avec lhonnête liberté dont jai faitprofession toute ma vie ; et je sens si vivement ce que le père du théâtrea de sublime, quil mest permis plus quà personne de montrer en quoiil nest pas imitable. (Y.).