66
DISCOURS
restait cependant tant de choses à faire; j’avais troisouvrages importants à mettre au jour, les matériauxétaient prêts , tout était disposé dans ma tête, je n’a-vais plus qu’à écrire. Comment, au souvenir de cesamères paroles, ne pas regretter que M. Cuvier aitété distrait des choses de génie, et qu’il ait donné auxaffaires de l’Etat, où ses lumières étaient utiles sansêtre indispensables, un temps qui, consacré a lascience, où il ne pouvait pas être remplacé, nousaurait valu de grands ouvrages de plus?
Bien que votre éloge de cet homme illustre ait étéprononcé dans une autre assemblée, son mérite lit-téraire nous permet en quelque sorte de le reven-diquer et d’y voir le prélude du noble discours quenous venons d’entendre. Vous êtes un exemple,monsieur, de l’utilité des lettres dans la carrière desaffaires. Leur forte culture est devenue plus néces-saire encore aujourd’hui qu’autrefois aux hommespublics obligés de faire prévaloir leurs pensées parla parole et de donner les raisons de leurs actes.N’est-ce pas d’ailleurs grâce â cette culture non in-terrompue que la France a occupé un si haut rangparmi les États, a entraîné les autres nations a lasuite de ses idées ou de ses entreprises, a produitsans relâche comme sans fatigue tant de brillantsgénies qui, après lui avoir donné la gloire élevéedes lettres et les beaux plaisirs des arts, lui ont en-core procuré le solide avantage des lois?
Sachons continuer, messieurs, l’œuvre de nosdevanciers, et ne laissons pas dépérir dans nos mains