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PRONONCÉS A L’ACADÉMIE FRANÇAISE
cet admirable dépôt des lettres lidèlement transmisde génération en génération et toujours accru de-puis trois siècles. N’oublions pas que le jour où lespeuples s’enferment avec imprévoyance dans lecercle étroit de leurs intérêts, et où ils aiment mieuxsoigner leur prospérité matérielle que leur intelli-gence, ils commencent a déchoir. Un tel sort n’estsans doute pas a craindre pour le pays qui conservel’amour des nobles études; qui, après s’être mis ala tête de la civilisation intellectuelle de l’Europe,sait toujours s’y maintenir; qui a vu depuis cin-quante années les grands talents au service desgrandes affaires, et qui promet a l’esprit la gloirecomme autrefois, et de plus qu’autrefois le gouver-nement de l’État. Mais peut-être appartient-il àl’Académie française, le jour où elle reçoit un hommed’Etat aussi éclairé dans ses rangs, de rappeler à laFrance que c’est l’esprit des nations qui fait leurgrandeur et sert de mesure a leur durée.
UN DES DISCOURS PRONONCÉS A I,'aCADÉMIE FRANÇAISE