NOTICES ET PORTRAITS
DG
choisir sans avoir le droit de gouverner. M. Sieyèsespérait ainsi concilier la liberté et l’ordre, le mou-vement et la stabilité, l’action du peuple et la forcedu pouvoir.
Le premier consul rompit ce savant équilibre etse joua de ces prévoyantes et vaines combinaisons.Il avait l’ambition et le génie du commandement.Ses contemporains étaient d’ailleurs ses complices.Ils avaient besoin d’un grand homme; ils semblaientcraindre que la volonté qui pouvait pacifier les par-tis fût contenue, que la main qui pouvait releverles ruines fût arrêtée, et qu’on ne laissât point librel’épée qui devait défendre la France. Le premierconsul accepta la dictature que lui décernait sontemps. 11 prit dans les idées de M. Sieyès ce quipouvait faciliter son propre pouvoir. Depuis 1800jusqu’en 1814, toutes les constitutions se modelè-rent en grande partie sur les plans de M. Sieyès,dont le génie original fournit ainsi a la Révolutionses idées fondamentales et â l’Empire ses formeslégislatives.
Quant à lui, il ne voulut plus rien être. Cepen-dant, bien qu’il eût refusé la place de second con-sul, quelques honneurs allèrent encore le cherchersans qu’il les désirât : le Sénat conservateur le choi-sit pour son président, et l’empereur le nommacomte. Mais il se démit de la présidence du Sénat,et ne prit part ni aux conseils, ni aux actes de l’Em-pire. Pendant toute cette époque, il s’effaça politi-quement. Membre de la classe des sciences morales