SIEYÈS
97
et politiques de l’Institut, au sein de laquelle l’avaientappelé dès l’origine les travaux detoutesavie, il avaitpassé dans l’Académie française lorsque cette classeavait été supprimée, pour y revenir lorsqu’elle a étérétablie. Il vivait alors avec quelques amis, restesdes anciens temps, et conservateurs des idées quin’avaient péri un moment que pour renaître sousune forme plus réelle et plus durable. L’Empireavait renversé ses plans, la Restauration bouleversasou existence. Après avoir souffert dans ses idées,il fut privé de son pays. Il passa quinze ans en exil,depuis 1815 jusqu’en 1850. A cette époque, l’octo-génaire 31. Sieyès, qui avait coopéré aux plus grandsévénements du dernier siècle, assisté aux prodigeset aux catastrophes de celui-ci, vit se terminer laRévolution de 1789 par celle de 1850. Il vint jouir,dans sa patrie recouvrée, de la liberté dont il avaitété l’un des principaux fondateurs et finir dans le re-pos et l'obscurité une vie qui s’est éteinte à quatre-vingt-huit ans, désirant être jugé sur ce qu’il avaitfait, et ne croyant pas avoir besoin de laisser desexplications à la postérité pour être grand devantelle.
C’est ici le moment d’apprécier cet esprit puissantet singulier, et de le faire avec le respect dû a unconfrère illustre, mais avec l’impartialité qu’exigel’histoire, a laquelle il appartient. M. Sieyès étaitplus un métaphysicien politique qu’un homme d’É-tat. Ses vues se tournaient naturellement en dog-mes. Il avait prodigieusement d’esprit et même de
9 .